Contemporain

Celle qui criait au loup de Delphine Saada : un premier drame inoubliable

Il suffit parfois de tomber sur un avis dithyrambique d’une personne sur un roman pour se laisser tenter, alors que le-dit roman est à des années-lumière de ce qu’on lit habituellement. C’est ce qui m’est arrivé avec Celle qui criait au loup, premier roman de Delphine Saada et publié au début de l’année 2022 aux Éditions Plon. Autant vous dire que la romancière signe ici un premier drame inoubliable, redoutable et d’une puissance incontestable. 

La 4eme de couverture

Albane est une infirmière modèle, respectée et appréciée de ses collègues, qui pourtant ne savent rien d’elle. Après des journées éreintantes dans son service, elle s’occupe de ses deux enfants jusqu’au retour de leur père. Elle le fait parce qu’il le faut, sans plaisir. Depuis peu, quelque chose la déstabilise et la dérange chez sa fille de six ans. Albane développe un comportement inquiétant envers Emma, au point d’alerter son mari qui ne lui laisse pas le choix…

Celle qui criait au loup : un premier drame inoubliable

Celle qui criait au loup est le genre de roman à la thématique si forte que l’on finit par en perdre son latin. Les mots, les impressions et les sensations se bousculent dans mon esprit depuis que je l’ai refermé.
En partant d’un sujet tabou, celui du désamour d’un parent envers son enfant, la romancière construit un récit d’un réalisme abyssal qui emporte tout sur son passage. C’est une atmosphère lourde, glaciale, parfois malsaine et qui tend à nous faire comprendre que le drame pourra arriver à n’importe quel moment de notre lecture. Celle qui criait au loup est typiquement le genre de roman qui se vit, qui se ressent, quitte parfois à avoir très mal. Entre K.O technique, colère et incompréhension, Delphine Saada nous malmène dans un sujet qu’elle semble si bien connaître.

Ici, nous sommes face à un roman noir qui nous remue dans tous les sens et qui joue avec notre empathie, mais également avec la première impression que l’on se fait d’une personne. L’autrice nous attaque de façon frontale et nous plonge dans la vie froide de son personnage. Infirmière modèle au quotidien, celle-ci reste un mystère pour ses collègues jusqu’au jour où celle-ci lâche une phrase que chaque parent pourrait dire un jour ou l’autre. Il faut dire qu’Albane semble vouloir tout contrôler, que tout soit en ordre et que son image reste parfaite. Pourtant, tout n’est pas rose à la maison. Mère de deux enfants, celle-ci ne semble pas porter autant d’attention et d’amour à l’un et à l’autre. C’est là que le pouvoir des mots de Delphine Saada entre en jeu et nous fait passer par toutes les émotions possibles et inimaginables. 

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“et nous, on compte pas pour toi ?”

Celle qui criait au loup oppose avec fureur le blocage d’une mère face à l’insouciance d’une petite fille. La froideur d’Albane nous bloque littéralement et nous sert le cœur lorsque celle-ci réprimande son enfant pour le moindre faux pas. Le drame se joue devant nos yeux, nous sommes impuissants. La folie de cette mère de famille se révèle, les punitions deviennent de plus en plus fortes, de plus en plus démesurées. C’est d’abord la colère qui nous atteint face à ce manque d’amour. Delphine Saada fait tout pour que l’on en vienne à détester cette femme, cette mère de famille, si bien que l’on reste aveugle face à un mal-être qui dégouline de sa peau. Nous ne sommes qu’en empathie pour cette petite fille qui se voit priver d’amour pour une raison que l’on ignore. 

“T’as jamais eu de compassion pour personne et tu fais semblant, là-bas aussi ? Moi, passe encore, j’en ai pris mon parti, de ta froideur, mais qu’est-ce qu’elle a fait Emma pour mériter ton indifférence ? elle est géniale ta fille, tout le monde le dit sauf toi, tout le monde le lui dit sauf la personne de qui elle a le plus besoin de l’entendre.”

Toute cette sensation va basculer peu à peu, tant la romancière nous montre que derrière chaque comportement dysfonctionnel se cache un passé trouble, un événement qui a tout fait basculer. Dès lors, Celle qui criait au loup va nous plonger davantage dans l’esprit d’Albane qui tente de se reconstruire, de comprendre son aversion pour sa fille avec l’aide d’un psychiatre. Delphine Saada renverse la donne, nous transperce davantage par sa plume, chaque mot prenant ainsi la forme d’un coup de poignard, mais aussi par cette plongée dans un passé oublié. Notre cœur se détruit encore plus et finit par imploser dans les derniers instants, transformant son roman en une véritable claque que je ne suis pas prêt d’oublier…


Avec Celle qui criait au loup, Delphine Saada signe un premier drame inoubliable. En partant d’une thématique complexe, celle-ci a su tisser une histoire réaliste jouant sur nos émotions. On ne peut que saluer la force de cette plume qui nous impacte à chaque instant, qui nous touche au plus profond de notre être et qui nous détruit à petit feu. Si l’histoire est difficile à encaisser, prévoyez le stock de mouchoirs, la romancière se démarque par ce côté frontal qui n’utilise pas le voyeurisme pour ne rien raconter. En bref, Celle qui criait au loup est une lecture choc qui finira, à coup sûr, dans mes recommandations de cette fin d’année 2022. 


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