Body Horror

[CRITIQUE] : Titane de Julia Ducournau (2021)

C’est auréolé d’une Palme d’or à Cannes que Titane se fait une place dans nos salles obscures et que celui-ci permet au cinéma de Julia Ducournau de se faire connaître auprès d’un public plus large. Si je ne parle pas du grand public, c’est avant tout parce que le long-métrage n’est vraiment pas fait pour tout le monde et qu’il faut en avoir conscience avant d’aller le voir…

Alors, entre mes attentes et cette palme, est-ce que Titane a de quoi mettre sa réalisatrice au sommet du cinéma de genre ?

SYNOPSIS : Après une série de crimes inexpliqués, un père retrouve son fils disparu depuis 10 ans. Titane : Métal hautement résistant à la chaleur et à la corrosion, donnant des alliages très durs.

Si j’avais dû écrire cette chronique à chaud, j’aurais pu vous dire que Titane de Julia Ducournau était décevant, bien loin de mes attentes et que je ne comprenais pas réellement cette palme d’or. Et puis, j’ai laissé un peu de temps à la réflexion, histoire de poser mes idées, quelques mots et je peux vous dire que ce long-métrage, bien qu’imparfait, m’a profondément marqué et qu’il est un coup en plus dans la fourmilière du cinéma de genre français. 

Titane, c’est une première partie qui lorgne à la fois sur un aspect psycho-killer, proche du slasher, à la limite du revenge movie et qui ne lésine pas sur la violence aussi sanglante que jubilatoire. Tout débute par une exposition toute en sensualité d’Alexia (brillamment interprétée par Agathe Rousselle) qui nous offre une danse pour le peu frontal et qui se voit par la suite accostée par un fan qui ne comprend pas qu’une femme puisse dire non. Si la réponse ne se fait pas attendre et que celle-ci est justifiée, on ne peut qu’être pétrifié face à la froideur de ce personnage. Les premières minutes nous plongent irrémédiablement dans un terrain conquis, bien que l’on commence à entrevoir quelques thématiques chères à Julia Ducournau. En effet, Alexia, qui a une plaque en titane dans le crâne, semble bien plus intéressée par les objets métalliques et aux bolides qu’à l’humain, en atteste cette scène de sexe entre Agathe Rousselle et Garance Marillier.
Cependant, la réalisatrice semble peu à peu dévier vers autre chose, vers un objet en constante mutation. Celle-ci passe d’abord par quelques références à Cronenberg, mais également avec Christine de John Carpenter, d’après l’oeuvre de Stephen King. Une simple citation et c’est Titane qui se transforme, qui provoque à la fois l’amusement, mais également l’incompréhension. Le moteur est chaud, le film prend son envol. 

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Car derrière cet aspect rentre dedans du slasher violent se cache en réalité un long-métrage qui tente de brouiller les pistes, d’offrir autre chose, de casser les codes du genre à la française, tout en exploitant ce que l’on peut déjà considérer comme la patte de son autrice. Le slasher se transforme, au gré de la transformation d’Alexia (Agathe Rouselle) et nous plonge dans un délire body horror que nous avions déjà pu avoir précédemment dans Grave. Si Titane lorgne à la fois du côté de chez Cronenberg, mais aussi de Shin’ya Tsukamoto avec son Tetsuo, c’est pour mieux briser les codes d’une sexualité trop enfermée dans des cases. La réalisatrice arrive ici à déconstruire son film, mais également les corps de ses personnages et donc la vision que l’on se fait de cette sexualité. En jouant avec cette caserne de pompiers, Ducournau explore les limites d’une virilité masculine et/ou toxique en exploitant cette part de féminité qui sommeille en chacun de nous et inversement avec Alexia qui jouit de son corps comme elle l’entend. Passant d’une femme à un homme sans réel problème. Le corps se modèle devant nos yeux, nos idées préconçues se tordent, se brisent et volent en éclats.

Si l’amorce d’un film multiple était présent, c’est bien l’arrivée de Vincent Lindon qui va tout changer. Julia Ducournau mue son long-métrage en y ajoutant une couche de drame familial intimiste qui aura de quoi en perdre plus d’un, de par son rythme parfois en dents de scie et par cette relation malsaine qui se noue entre Alexia et Vincent. C’est au travers de cette relation ambiguë entre les deux qu’arrive une autre thématique chère à la réalisatrice puisque celle-ci nous parle de cette famille que l’on se construit au fil du temps. Si Vincent se voile la face et nous inquiète quant à cette relation, Alexia, quant à elle, retrouve un semblant d’humanité au fil des minutes, tandis que son corps se transforme.Titane ne se ferme aucune porte, part peut-être dans tous les sens, fini peut-être par être brouillon, mais Titane n’a pas de limites et c’est ce qui en fait un long-métrage fascinant, à l’identité unique.


Il est clair que Titane surprend, déconcerte de par son choix radical d’aller à l’encontre de nos attentes. Mais il est aussi clair que Julia Ducournau fait preuve d’une maîtrise formelle, aidée par le travail de Ruben Impens. La réalisatrice se joue des conventions et va là où elle le souhaite, apportant alors un nouveau vent de fraîcheur au cinéma de genre. Est-ce le choc visuel annoncé ? Clairement, non. Est-ce que Titane devait avoir la palme d’or ? N’ayant pas vu les autres films de la compétition, je ne peux donc pas répondre à cette question. Mais je peux tout de même admettre que cette récompense me remplit de joie et que celle-ci est un message aussi fort que cette déconstruction orchestrée par sa réalisatrice. 

Note : 4 sur 5.

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6 réponses »

  1. Pas déçu donc, et je comprends cette réaction première qui fut aussi la mienne durant quelques instants face à ce film en mutation. Hybride agrégat de genres dispersés, d’influences diverses, je trouve comme toi que « Titane » brille de ses rugosités, de ses aspérités et de ses imperfections sans prétention. Le discours sur le genre aurait dû m’énerver et pourtant il me séduit en présentant sa face monstrueuse. Ducournau a choppé le truc, celui qu’elle tenait du bout des doigts dans « Grave » en le laissant finalement glisser dans l’ornière du gimmick attendu. Ici, il tient le volant de bout en bout, droit dans le mur, sans ciller. Et en bout de course, le crash accouche d’une Palme d’or. Saura-t-elle se remettre de ce trauma ?

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