Contemporain

Cher connard de Virginie Despentes : entre punchline et ennui profond

C’est sans aucun doute le phénomène littéraire de cette rentrée 2022. Virginie Despentes est de retour avec un nouveau roman au titre évocateur, provocateur et qui sait attirer l’œil. Aucune tromperie sur le papier, les lecteurs sont au rendez-vous, Cher connard se hisse à la première place des ventes en seulement une semaine et la folie Despentes va continuer bien au-delà. Qu’on se le dise, son roman sera sous le pied du sapin dans quelques mois.
Véritable phénomène pour la sphère littéraire, militante, mais aussi pour moi. J’avais hâte de retrouver sa verve, mais j’avais également cette appréhension de retrouver l’autrice qui s’était quelque peu policée avec son troisième et dernier tome de Vernon Subutex. Entre punchline bien placée et ennui profond, voici mon retour sur le mastodonte de cette rentrée littéraire 2022.

La 4eme de couverture

«  Cher connard,

J’ai lu ce que tu as publié sur ton compte Insta. Tu es comme un pigeon qui m’aurait chié sur l’épaule en passant. C’est salissant, et très désagréable. Ouin ouin ouin je suis une petite baltringue qui n’intéresse personne et je couine comme un chihuahua parce que je rêve qu’on me remarque. Gloire aux réseaux sociaux  : tu l’as eu, ton quart d’heure de gloire. La preuve  : je t’écris.  »
Après le triomphe de sa trilogie Vernon Subutex, le grand retour de Virginie Despentes avec ces Liaisons dangereuses ultra-contemporaines.

Roman de rage et de consolation, de colère et d’acceptation, où l’amitié se révèle plus forte que les faiblesses humaines… 

Cher connard : entre punchline et ennui profond

S’il y a bien une pensée qui m’est venue en refermant ce roman/essai, c’est bien d’essayer de comprendre pourquoi il y a autant de battages derrière cette sortie. Pourquoi on retrouve autant d’avis dithyrambique dans la presse nationale et dans la presse spécialisée. Parce qu’on ne va pas se mentir plus longtemps, Cher connard est bien loin du chef d’œuvre vindicatif annoncé.
Pour commencer, Virginie Despentes n’offre pas un roman à proprement parler. On pourrait davantage parler d’un essai sur les maux de notre société contemporaine à la sauce Despentes. C’est-à-dire que l’autrice plonge dans des lieux communs, avec quelques punchline qui pourront réveiller le lecteur endormi. Mais qu’on se le dise, on retrouve tout cela gratuitement sur Twitter aujourd’hui. La romancière semble bien loin de sa vision et de sa hargne des débuts, tant Cher connard apparaît comme un roman bien trop souvent vide de sens, d’intérêts et apparaissant presque comme une caricature. 

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C’est sous une forme de joute verbale qui sonne monstrueusement factice que Virginie Despentes va dévoiler ses thématiques. On retrouve ainsi son combat contre l’ancienne bourgeoisie, contre la bien pensance confortable de la nouvelle gauche, mais aussi son histoire autour de la drogue, du féminisme, l’homosexualité, des violences faites aux femmes, etc.
Si l’idée est louable sur le papier, on tombe assez rapidement dans un rythme qui se répète inlassablement, perdant peu à peu son lecteur, tant Despentes enfonce des portes ouvertes. L’autrice punk semble fatiguée et semble surtout devenir une caricature d’elle-même. La romancière est devenue tout ce qu’elle a pu combattre. Elle devient une marque, une romancière qui écrit et qui plaît à tout le monde. C’est terminé, l’autrice fait consensus dans la sphère littéraire. La bourgeoisie semble l’avoir rattrapé et l’authenticité de la romancière s’est envolée. 


Vous l’aurez compris, Cher connard, n’est, selon moi, pas une réussite. La romancière semble avoir perdu de sa superbe pour plonger dans des thématiques sociétales qui engorgent les réseaux sociaux. Autant être honnête, ça vous coûtera bien moins cher de passer quelques heures sur Twitter et vous aurez le même effet. Quelques punchline, un ennui profond et c’est tout ce que l’on retiendra de ce nouveau roman de Virginie Despentes. C’est bien dommage… 


Pour vous procurer Cher connard de Virginie Despentes, n’hésitez pas à cliquer ici. 


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7 réponses »

  1. Au départ, je me sentais très seule à avoir pensé cela et depuis je vois de plus en plus de retour qui sont comme le fond de ma pensée… et la tienne…
    Il est loin le temps de ses traits de génie, de ses romans engagés et engageant. Il y a du beau, du juste, de l’excellent à l’intérieur de cher connard mais noyé sous le flot continue de parole de personnages pas attachant et dont on fini par confondre les tirades… moyen, trop moyen pour elle qui sait faire si mieux…

    Aimé par 1 personne

  2. Je ne connais cette autrice que de nom. Avec ta chronique, elle va rester dans l’ombre de mon côté. 🤣 Merci à toi, ça c’est de la chronique qui donne pas envie et ça fait du bien 😊

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  3. Avant que « Cher connard » ne sorte, le trop grand battage médiatique, l’auréolant déjà presque comme un chef-d’œuvre, m’avait rebutée. J’ai aimé « King Kong théorie », j’ai aimé « Les chiennes savantes »… Mais « Vernon Subutex » ne me tentait déjà pas et celui-ci non plus. J’ai apprécié lire ton retour et « l’authenticité de la romancière [qui] s’est envolée », c’est bien ce que je craignais. Je le lirai peut-être histoire de me faire mon propre avis, mais je n’attends franchement pas grand chose de ce roman.

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  4. Très intéressant de voir cet avis qui contraste effectivement avec le déferlement médiatique autour de cette sortie littéraire… J’avoue ne pas du tout avoir été tentée et cette chronique ne fait que renforcer cette impression de contenu pseudo provocateur que tout le monde se vante de lire. Il faut en revanche que je me penche vraiment sur « King Kong Théorie » si j’en crois cet avis ainsi que les commentaires 🙂
    Merci pour ce partage honnête !

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