Littérature

Solak de Caroline Hinault : Étouffant

Chronique effectuée en Septembre 2021 sur Insta et remodelée pour le blog.

Cette année et pour la première fois, je suis allé au FIRN de Frontignan. Qu’est-ce donc que cet acronyme ? Tout simplement le Festival International du Roman Noir, où sont chaque année conviés des auteurs français et étrangers à présenter leur roman, dédicacer et animer des débats. C’est un salon assez populaire dans le sud. Cette année, tandis qu’il y avait certains noms qui me faisaient envie, comme Charles Aubert, James Delargy ou encore Olivier Truc, c’est vers une jeune autrice qui sortait son premier roman que je me suis tourné. Après avoir attendu près de vingt minutes sans oser l’aborder, je suis arrivé avec son roman, qui m’intéressait alors, et de multiples questions sur son début de carrière, son livre & sa profession. Caroline Hinault enseigne la littérature à Rennes, elle est agrégée de Lettres Modernes. Solak, un roman surprenant, est son premier à paraître, aux éditions du Rouergue qui l’a d’office pris dans son catalogue bien fourni. Avant de retrouver Julian, un libraire polar chez Sauramps avec qui j’ai lié une amitié, j’ai donc discuté avec Caroline Hinault, puis lu son court roman en trois jours en rentrant chez moi.

128 pages. C’est bref, mais difficile à lire en même temps. Aucun dialogue ou presque, pas de façon conventionnelle du moins. Une écriture dite « à l’os », comme un langage qui revient à ses balbutiements, des mots manquants ou ajustés pour des personnes au bout du monde, qui vivent avec trois fois rien et qui n’en ont rien à foutre des civilités. Pas de jugements ou leur petit-écosystème s’écroule. C’est brut, c’est tendu, c’est étouffant et c’est dans cet hiver et ce vent glacial qui claque sur nos peaux sèches que je vous présente Solak, un livre qui prend aux tripes.

Coupés du monde, les tensions naissent

roman noir, à fleur de peau, qui monte en tension crescendo. Deux militaires dont un narrateur en première personne. Il raconte l’histoire comme il s’exprime, de façon décousue et sans un grand vocabulaire. Sans personne pour le juger. À l’autre bout du monde, qu’est-ce qu’il en a à foutre, du jugement ?
Les deux militaires gardent un drapeau et un scientifique les accompagne pour effectuer des relevés de la banquise, à différents endroits. Nous sommes sur une petite base au fond du cercle arctique, à Solak. Loin, très loin de la civilisation et des « terriens », comme Piotr nous le rappelle souvent. Un quatrième homme les accompagnait, mais il s’est fait sauter le caisson. Net et sans bavure. Il faut le remplacer. C’est ainsi qu’arrive une recrue, avec la ravitaillement classique en vivres, alcools et journaux. Dès que ce dernier pose le pied au sol, Piotr y voit un mioche gringalet. En plus, il ne parle pas. Très vite, il sent l’anguille sous roche et se pose des questions. Nous également. Dès lors, le tempo est donné et la tension monte graduellement au fil des mois qui s’écoulent.

Météo capricieuse & langues qui se délient

Ces quatre personnes vivent dans des conditions très difficiles, entouré d’une météo loin d’être clémente, de bestioles loin d’être accueillante et de personnes qui ne se font pas entièrement confiance. Comment vivre, alors ? Jeux de cartes, faire du feu, se réchauffer, manger, beaucoup dormir, boire du thé, boire de la vodka, dormir, encore, plus que de raison et sortir chasser, lorsque les conditions le permettent. Le roman gagne en force au fil des pages. Les non-dits nous étouffent, on sent que les personnages sont à cran. La neige et sa calotte glacière, personnage à part, nous opprime autant que les résidents.

Impossible de lâcher ce bouquin sans savoir le fin mot. L’écriture spéciale et atypique nous confronte à la dure réalité du terrain, dans un lieu où personne ou presque ne voudrait vivre. L’enfer peut-être glacial, parfois. Ici, il est total et il n’apporte aucune joie. Terrible, immersif, noir et déstabilisant, ce roman court de Caroline Hinault est décapant !

Pour conclure : un roman éprouvant au bout du monde où Caroline Hinault entremêle les vérités inavouables de ses personnages à leurs caractères bien trempés. Brillant & étouffant.


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5 réponses »

    • Mais je t’en prie ! 🙂
      Le roman vaut le coup. Et l’autrice est super sympa ! Dommage qu’elle ne soit pas présente sur les réseaux sociaux ^^

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    • Un plaisir d’avoir pu découvrir ton compte, que je vais m’empresser de suivre !
      Comme toi, cette écriture « à l’os » m’a chamboulé de prime abord, et émerveillé ensuite. C’est profond, puissant, viscéral, poignant et très noir !

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