Cinéma

[CRITIQUE] : Kaamelott : premier volet d’Alexandre Astier (2021)

Attendue comme le Graal depuis des années par les fans de la première heure, repoussée un an de plus suite à la crise sanitaire, Kaamelott : premier volet est enfin disponible en salles depuis le 21 juillet 2021. Véritable succès à la télévision encore aujourd’hui, Alexandre Astier a de quoi renverser l’idée que l’on se fait d’un film populaire en France avec une production ambitieuse. Avec déjà plus d’un million d’entrées sur le territoire national, est-ce que le retour d’Arthur Pendragon a de quoi satisfaire son public ?

SYNOPSIS : Le tyrannique Lancelot-du-Lac et ses mercenaires saxons font régner la terreur sur le royaume de Logres. Les Dieux, insultés par cette cruelle dictature, provoquent le retour d’Arthur Pendragon et l’avènement de la résistance. Arthur parviendra-t-il à fédérer les clans rebelles, renverser son rival, reprendre Kaamelott et restaurer la paix sur l’île de Bretagne ?

Il n’y a aucun doute à avoir quant à ce Kaamelott : premier volet, le succès sera au rendez-vous, malgré la mise en place du pass sanitaire. Il faut dire que le long-métrage repose sur une fanbase en attente depuis de nombreuses années et qui a su rester fidèle à l’idée d’Alexandre Astier. Qu’on se le dise, les fans du programme en auront pour leur argent et les autres aussi, tant c’est un plaisir de retrouver toute cette galerie de personnage après tant de temps. L’impression d’être de retour à la maison se fait ressentir, la nostalgie entre en jeu et ne nous quitte pas d’une semelle, et ce jusqu’à la scène post-générique. On prend plaisir à les retrouver et à découvrir de nouveaux décors, notamment l’enceinte extérieure du château de Kaamelott, et même certaines scènes de “batailles”, bien que celles-ci manquent cruellement de panache.

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Il est de bon ton de mettre en garde celles et ceux qui ne connaissent que très peu l’univers de Kaamelott, car je trouve que le long-métrage s’adresse difficilement à ce public. Bien que l’on puisse aisément comprendre les enjeux mis en place par Alexandre Astier dans ce premier volet, il est indéniable que certains liens entre les personnages vous paraissent obscurs. Cependant, si la force du réalisateur était de prendre les légendes et mythes arthuriens pour y insuffler ses propres thématiques dans la série, il en va de même dans ce Kaamelott : premier volet. Le cinéaste nous offre ici un scénario assez simple et classique que l’on peut retrouver dans la plupart des films d’aventures, et même de super-héros depuis quelques décennies déjà. En reprenant l’idée du monomythe développé par Joseph Campbell dans son livre Le héros aux milles et un visage, Alexandre Astier s’aventure, de son propre aveux du côté de la saga Star Wars grâce au travail de Christopher Vogler, afin de nous offrir une quête cohérente avec ce qu’il avait pu mettre en place dans les précédents livres de son aventure arthurienne. Aucun doute à avoir, l’idée du monomythe nous plonge irrémédiablement dans le récit et nous entraîne dans une quête intense entre comédie, parfois trop lourde et drame.

Ce qui est paradoxal avec ce Kaamelott : premier volet, c’est que l’on aurait pu l’amputer d’une bonne dizaine de minutes, histoire d’élaguer quelques blagues, alors que le long-métrage aurait mérité vingt bonne minutes supplémentaires pour asseoir le côté épique, mais également la dramaturgie autour du personnage d’Arthur Pendragon. Parce qu’il ne faut pas se voiler la face, ce premier volet souffre tout de même de quelques soucis, que ce soit en termes de montages, de mise en scène et tout simplement d’envie de faire du cinéma. Si les dix premières minutes du long-métrage laissent espérer du grandiose, notamment avec certains plans dans le désert ou encore dans la baie des esclaves, la suite est moins exaltante. Alexandre Astier reprend l’idée simple qui avait fait le succès de la série, qui est celle d’utiliser le champ contre champ pour mettre en valeur la rythmique des dialogues. Le problème, c’est que cette technique pénalise directement la qualité de son film, le reléguant ainsi au statut de téléfilm coûteux… Pourtant, je ne peux pas dire que les dialogues sont mauvais, bien au contraire. On retrouve ici toute la musicalité qui est la marque de fabrique de son créateur et celle-ci donne du charme à l’ensemble et fait que la magie opère. La comédie est bel et bien là et on ne peut que s’émerveiller de retrouver un Christian Clavier en forme, ce qui prouve qu’il peut être excellent quand il est bien dirigé. Il est même certain que des répliques vont rapidement devenir culte au fil des semaines, au grand dam de certains spectateurs comme moi.

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Le paradoxe est toujours présent, puisque l’on sent qu’Alexandre Astier a envie de nous offrir du grandiose et de la recherche artistique. Il suffit de se pencher quelques instants sur le score musical pour se rendre compte de l’ampleur qu’aurait pu prendre le long-métrage, mais aussi sur certains costumes. Si je parle de cela, c’est bien évidemment pour évoquer rapidement celui de Lancelot qui entre pleinement en adéquation avec ce que l’on pourrait dire du personnage. En effet, celui-ci apparaît avec un costume bien trop grand et lui donnant ainsi un aspect ridicule. Cet effet est sans doute là pour signifier que la place de roi est un rôle bien trop compliqué pour lui et qu’il n’est pas à la hauteur des attentes. Si l’idée est bonne sur le papier, elle l’est moins derrière la caméra puisqu’Alexandre Astier ne lui offre pas la possibilité d’être filmé en grand-angle, devant se contenter de simple gros plan. Lancelot est sans doute symptomatique de tout ce qui ne fonctionne pas dans ce premier volet de Kaamelott, car celui-ci montre toute la paresse de la mise en scène et du développement narratif et psychologique de l’ensemble. Le personnage devient la risée de ses conseillers, alors que celui-ci aurait dû instaurer un climat de peur au sein du château. La sensation de faire marche arrière est bel et bien là et je vous avouerai que je ne comprends pas cette décision. 


Malgré le plaisir de retrouver l’univers de Kaamelott et ses personnages sur grand écran, ce Kaamelott : premier volet donne l’impression d’avoir assisté au début d’une partie d’échec et non pas à l’aboutissement tant espéré. Alexandre Astier semble bloqué dans ce prolongement du format série et souffre d’un manque de souffle et de quelques maladresses en terme de narration ou de réalisation. Pourtant, il est indéniable que son écriture soit toujours aussi efficace et que celle-ci pourra ravir les fans de la première heure. Si l’impact cinématographique n’est pas là, l’envie d’en avoir plus dans le prochain volet est bel et bien présente. 

Note : 2.5 sur 5.

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6 réponses »

  1. Carrément d’accord ! Je n’ai pas réussi à rentrer dedans à cause des hésitations trop fortes entre comédie et dimension épique… Le scénario est également beaucoup trop simple, sans véritable enjeu et c’est dommage !
    Comme tu l’écris si bien, cela aurait été tellement mieux si Lancelot avait été réellement menaçant…
    Les nombreux flashbacks aussi qui parsèment le montage deviennent horripilants à la longue et plombent vraiment le déroulé de l’ensemble…
    Mais on pourra véritablement juger le film qu’à l’aune de la trilogie qui s’annonce…

    Aimé par 2 personnes

  2. Tu traduis parfaitement à travers ton analyse les forces et les faiblesses du film qui reste en mémoire comme une comédie sympathique mais pas franchement mémorable. L’effet Lancelot est effectivement problématique, et j’ajoute les flashbacks avec le fils d’Astier qui ne presentent pas franchement d’intérêt sinon pour justifier de manière assez fumeuse le retournement d’Arthur. Pas forcément de très bonne augure pour la suite.

    Aimé par 2 personnes

    • Ton commentaire me rassure sur la réception que le film a pu avoir. J’avais peur de tomber sur une horde de fans aveuglée par la haine… Je te suis également sur les flashback qui, prouve que les fils Astier ne sont pas très bons acteurs et qu’on n’en avait pas forcément besoin pour comprendre les tourments de son personnage… À voir par la suite, mais j’irais avec encore moins d’envie.

      Aimé par 2 personnes

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