Cinéma

Nobody Sleeps in the woods tonight de Bartosz M. Kowalski

Le géant Netflix avait promis d’allonger leur catalogue de films d’horreur avec des contenus exclusifs et c’est désormais chose faite avec le tout premier slasher polonais, Nobody Sleeps in the woods tonight de Bartosz M. Kowalski.

Retour sur un long-métrage qui divise fortement les amateurs de genre, mais qui a bien plus à apporter quand on regarde un peu plus loin. 

Une bande d’ados accros à la technologie participe à un stage de désintoxication en forêt où une puissance maléfique a bien l’intention de les déconnecter pour toujours.

Nobody Sleeps in the woods tonight : exploration des codes du slasher

Une maison délabrée perdu au milieu de la forêt polonaise, un intérieur pourrissant, une sensation de moiteur, d’odeur pestilentielle s’en dégage. En quelques plans, le réalisateur, Bartosz M. Kowalski, plante son décor, notamment grâce à une photographie de qualité. Celle-ci rappelle directement des classiques du genres comme Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper ou encore Détour Mortel de Rob Schmidt. L’ambiance est posée et le danger ne tarde pas à arriver. Aucun doute, le réalisateur maîtrise le genre et démarre comme il faut. 

La suite sonne comme un slasher classique avec des jeunes adolescents se rendant, contre leur gré, dans un camp de sevrage au numérique. Lieu propice aux changements, mais surtout à la découverte du monde sauvage et des délices de l’âge adulte. Le réalisateur nous présente une bande de jeunes que tout oppose avec l’héroïne mystérieuse, presque mutique, la bimbo, le sportif, le gars lambda et le petit gros accro aux jeux-vidéo. Dit comme ça, on pourrait croire que Nobody Sleeps in the woods tonight n’offre qu’une caricature du genre, mais on comprendra assez rapidement qu’il n’en est rien et que le réalisateur a su tirer parti de chacun d’entre eux, afin de nous apporter une réelle profondeur psychologique, du moins chez l’héroïne de l’histoire, impeccablement interprétée par Julia Wieniawa-Narkiewicz. Le réalisateur prend bien son temps pour nous faire vivre cette aventure avec eux, si bien que nous finissons par nous attacher à quelques-uns d’entre eux.

Bartosz M. Kowalski continue son ascension dans le sous-genre du slasher en évoquant tour à tour certains grands films, si bien que son long-métrage pourra en laisser plus d’un de côté. Simple référence ou copie ? Difficile d’y répondre, puisque le réalisateur nous offre des mises à mort que nous avons déjà pu voir dans Vendredi 13 de Sean S. Cunningham ou encore Tucker and Dale fightent le mal de Eli Craig. Nobody Sleeps in the woods tonight sonne comme un énième slasher au style éculé, bien que le réalisateur offre un savoir-faire indéniable, malgré le peu de budget parfois flagrant. Tout ceci est contrebalancé une nouvelle fois par une photographie parfaite, alternant les passages anxiogène dans cette forêt qui semble interminable, où le danger peut survenir de partout, ou encore lorsque nous approchons d’une certaine demeure qui sent la pourriture à des kilomètres. 
Ce savoir-faire se voit également avec les effets pratiques avec les tueurs agissants dans les bois. À la fois obèse et putride, les antagonistes de Nobody Sleeps in the woods tonight sente l’horreur à plein nez et je dois dire que cela faisait un petit moment qu’on avait eu une telle réussite dans un projet comme celui-ci. 

Ce qui fonctionne dans ce long-métrage de Bartosz M. Kowalski, c’est ce travaille sur l’ambiance générale, mais aussi sur le jeu subtil entre épouvante et comédie. Attention, nous ne sommes pas dans l’humour potache où les blagues fusent à toutes vitesses, pouvant parfois perdre le spectateur. Non, le réalisateur use d’une ironie qui joue sur le rythme, par petite touche, permettant ainsi de surprendre l’amateur de slasher. Tantôt absurde, tantôt euphorisant, le cinéaste prouve qu’il maîtrise assez bien le mélange des codes. Cet humour touche aussi du côté méta, notamment avec le personnage de Julek, interprété par Michal Lupa, qui nous rappelle toutes les règles qui amènent la mort dans un slasher. Impossible de ne pas penser au génialissime Scream de Wes Craven…

Nobody Sleeps in the woods tonight : un sous-texte politique ? 

Je ne vais pas m’aventurer bien loin dans cette analyse, puisque je ne maîtrise absolument pas la politique polonaise, mais il est indéniable que Bartosz M. Kowalski parle de son pays dans ce long-métrage. Il suffit de prêter attention à l’idée de départ et à certains dialogue pour s’en rendre compte, la Pologne est un pays malade, gouverné par un parti ultra-conservateur qui met à mal les libertés individuelles. Anti IVG, homophobe et mettant en avant la pratique du catholicisme, la Pologne asservi sa population et cela se ressent dans les thématiques de Nobody Sleeps in the woods tonight.
Pour aller plus loin dans cette critique politique, le réalisateur n’hésite pas à détourner l’image de Lech Aleksander et de Jaroslaw Kaczyński, président de la Pologne entre 2005 et 2010 pour l’un et président du Conseil des ministres entre 2006 et 2007 pour l’autre, mais aussi jeunes acteurs pour un film populaire polonais datant de 1962 “Histoire de deux enfants qui volèrent la lune”. Ici, Bartosz M. Kowalski détourne cette histoire populaire pour transformer les deux jeunes jumeaux en protagonistes horribles, rongés par le pouvoir, par la haine et massacrant toutes formes de libertés sur leur passage. Ici, les jeunes, représentant tout ce que la droite ultra-conservatrice déteste, se font massacrer, tandis que les antagonistes semblent impossibles à stopper. La gangrène réussit toujours à revenir, malgré le réveil d’une jeunesse bridé.
D’un slasher classique, Nobody Sleeps in the woods tonight se transforme en une critique politique amère et forte, permettant ainsi aux spectateurs de comprendre le climat actuel en Pologne. 

Meurt, pourriture conservatrice !

11 réponses »

  1. Une analyse qui se rapproche de celle d’azz. Je n’avais pas du tout saisi le sous texte en me regardant et je m’apprêtais même à en faire une chronique mitigée mais heureusement j’ai vu la vidéo avant😅. Un film imparfait mais sympathique

    Aimé par 1 personne

    • Tu viens de me rappeler d’aller faire un petit tour chez lui pour voir ce qu’il a pu en penser 🙂
      J’ai capté une partie du truc grâce au personnage du jeune homo qui se cache du gouvernement et de sa famille.
      Tu as très bien résumé la chose !

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  2. Je suis TELLEMENT hypée. Ca m’a tout l’air prometteur. Je le regarderai sans faute celui ci, même si Halloween est déjà passé, il n’y a pas de période pour un bon slasher !

    Merci pour cette chouette chronique 🙂

    Aimé par 1 personne

  3. Vu hier, un film bien sanguinolent qui ne laisse pas indifférent.
    A noter la petite musique apaisante lors des scènes hards 😅.
    C’est pas LE chef d’œuvre mais ça se laisse regarder hyper facilement.
    Je mettrais 12/20 😋

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