Hedonia d’Alberto Vignati : Quand le harcèlement scolaire devient virtuel

« Quelqu’un doit nous arrêter. S’il vous plaît ? » C’est sur ce cri du cœur glaçant que s’ouvre Hedonia, le premier roman d’Alberto Vignati publié aux éditions du Seuil. En plongeant le lecteur dans le quotidien d’une classe tyrannique d’un lycée privé milanais, l’auteur tisse une intrigue sombre autour du harcèlement scolaire et des dérives des réseaux sociaux. Si le style pèche parfois par sa simplicité, le fond, lui, touche en plein cœur. Alors, faut-il succomber à Hedonia ? Voici mon avis sur ce livre qui fait froid dans le dos.

Le résumé :

« QUELQU’UN DOIT NOUS ARRÊTER. S’IL VOUS PLAÎT ? »
Le lycée privé le plus huppé de Milan.
Une enseignante au passé trouble.
Une classe cruelle et tyrannique.
Une élève qui disparaît.
Une application terrifiante : Hedonia.
Un thriller vertigineux.

Un premier roman balbutiant

Il est fait, dans la quatrième de couverture, la mention et la promesse d’un thriller vertigineux. Autant vous dire qu’on est à mille lieues de cette affirmation. On pourrait même dire qu’il ne se passe pas grand-chose dans Hedonia d’Alberto Vignati, et qu’il y a même quelques choix narratifs auxquels on ne croit pas forcément. Le romancier fait le choix ici de centrer son intrigue autour d’un même groupe de lycéens et de leur professeur dans un lycée privé de Milan. Si ce parti pris est parfait sur le papier et rappelle d’autres œuvres du même genre, on se heurte rapidement aux faiblesses du livre.

Difficile de croire au fait que la disparition d’une élève inquiète si peu de monde, notamment la mère de celle-ci, et que la police n’ait pas été prévenue pour mener l’enquête. C’est donc la jeune enseignante qui prend l’affaire en main et tente de comprendre les motifs de cette disparition. Elle ne sera aucunement aidée par sa hiérarchie, qui fait la sourde oreille pour tenter de préserver le prestige de cet établissement privé. La scène est lunaire, mais elle permet, peut-être, d’avoir un regard critique sur l’enseignement italien de ces dernières années. Il n’empêche que tout le monde est au courant qu’il se passe des choses bizarres avec cette classe depuis un petit moment, mais personne n’intervient…

Alberto Vignati joue tout son suspense sur cette notion et sur l’impression que donnent les élèves. On sent qu’il se passe quelque chose de peu banal et on sait que tout peut basculer. Les lycéens deviennent vecteurs de violence psychologique, voire physique, et on ne comprend pas tout de suite pourquoi. Hedonia évoque avec finesse la violence grandissante au sein des écoles, des collèges et des lycées depuis de nombreuses décennies, mais également le manque de moyens de l’Éducation nationale italienne. On peut aisément retranscrire cette ambiance dans nos établissements en France.

Pour autant, je ne peux pas dire que la lecture de cette œuvre ait été totalement un calvaire. Au contraire, l’auteur fait preuve d’une écriture assez simple, permettant au lecteur d’entrer facilement dans le récit. Les chapitres sont courts, se finissent généralement sur une phrase et/ou un événement qui donne envie d’aller plus loin, si bien que le roman se lit très vite.

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Quand le harcèlement scolaire continue à la maison

Si la forme est loin d’être incroyable, c’est bien le fond d’Hedonia qui marque le lecteur. Le jeune écrivain s’attaque à différentes thématiques qui prennent de plus en plus de place dans nos préoccupations : le harcèlement scolaire, les réseaux sociaux et l’utilisation abusive des téléphones portables. Celui-ci propose un parfait mélange pour nous mettre en garde face à certaines dérives et pour nous pousser à la réflexion quant aux comportements que l’on aurait pu avoir dans notre jeunesse. Tout cela sans paraître donneur de leçons ou condescendant.

On découvre ainsi, au fur et à mesure que l’histoire avance, la particularité de cette classe qui semble divisée. Alberto Vignati joue avec notre effroi pour dévoiler le concept d’Hedonia, et autant vous dire que cela fait froid dans le dos, surtout si vous avez des enfants. Si les jeunes adolescents ont toujours été cruels entre eux, cela semble encore pire depuis l’avènement des réseaux sociaux. Là où, à une autre époque, le harcèlement se mettait en pause une fois arrivé à la maison, ce n’est plus du tout le cas aujourd’hui. Le primo-romancier donne cette sensation de devoir toujours être sur le qui-vive pour ne pas subir les foudres des autres élèves.

Hedonia, c’est une course à la popularité et la crainte constante d’être rejeté et moqué par les autres. Une compétition sans foi ni loi qui prépare les jeunes adolescents à la vie adulte. Une descente en enfer qui est en lien avec La Divine Comédie de Dante Alighieri et surtout avec le propre passé de notre héroïne. Alberto Vignati nous bouscule et nous renvoie à nos propres comportements sur les réseaux sociaux. Avouez, vous aussi vous passez votre temps à vous comparer aux autres…

En bref, Hedonia d’Alberto Vignati mérite d’être lu

Vous l’aurez compris, même si je n’ai pas été conquis par le style simpliste du romancier et par sa promesse initiale, Hedonia d’Alberto Vignati possède tout de même des qualités qui pourraient vous donner envie de le découvrir. Si le suspense ne fonctionne pas toujours, la réflexion derrière les thématiques est de qualité et donne envie de creuser un peu plus le sujet.

Pourquoi lire Hedonia d’Alberto Vignati ?

  • Pour ses thématiques autour du harcèlement.
  • Pour sa vision de l’éducation et de ses problématiques.
  • Pour sa juste peinture des maux adolescents.

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