Cinéma

[CRITIQUE] : Le calendrier de Patrick Ridremont (2021)

Que serait la période de Noël sans son film d’horreur ? Si ce n’est pas nouveau de voir les fêtes de fin d’années traitées par le prisme de l’épouvante, puisque l’on retrouvait déjà ce contexte en 1974 avec Black Christmas, puis avec d’autres longs-métrages comme Krampus, Saint ou encore avec la saga des Silent Night, cette année 2021 sera marquée par l’arrivée d’un film d’épouvante franco-belge, Le calendrier.
Prévu pour les fêtes de fin d’année de l’année 2020, le long-métrage de Patrick Ridremont est arrivé dans nos salles obscures le 1er décembre pour cause de Covid. Le calendrier fait également son entrée outre-atlantique sur la plateforme Shudder, le 2 décembre 2021. 

Alors, qui est assez téméraire pour ouvrir la première case ? 

SYNOPSIS :
Eva est paraplégique depuis trois ans. Pour son anniversaire, elle reçoit en cadeau un étrange calendrier de l’Avent. Mais ce ne sont pas les traditionnelles friandises qu’elle découvre chaque jour, mais des surprises plus inquiétantes, parfois agréables, souvent terrifiantes, et de plus en plus sanglantes. Cette année, Noël va être mortel !

Patrick Ridremont (Dead Man Talking) signe, avec Le Calendrier, un film d’épouvante qui n’aurait pas à rougir face à la concurrence d’une production Blumhouse. Il faut dire que l’on ressent assez rapidement l’inspiration dans cette tentative, que ce soit au niveau de la narration et des thématiques, mais également dans la manière de mettre cette histoire en scène. Le cinéaste s’empare du genre pour nous offrir un long-métrage qui évoque la place de la femme dans la société, doublé d’un besoin de libération individuelle des suites d’un handicap physique et psychologique. Mais cet affranchissement n’est pas aussi facile qu’on ne le croit, notamment lorsque l’on gravite autour d’un monde dirigé par les hommes, oscillant entre la bêtise, le machisme et le viol, mais aussi dans un pays qui ne semble pas encore au point au niveau des infrastructures pour les personnes à mobilité réduites…

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Dès lors, Le calendrier se transforme en un huis-clos dérangeant se jouant entre notre héroïne tétraplégique, interprétée par Eugénie Derouand, et le boogeyman qui se trouve à l’intérieur de ce calendrier de l’avent. Patrick Ridremont joue alors sur cette sensation d’emprise qui se noue avec son personnage pour nous faire plonger dans cette relation malsaine. Le monstre se réveille chaque nuit à minuit pour lui faire revivre inlassablement le même cauchemar, histoire de la tourmenter, mais aussi pour la faire vaciller. Dans ce monde où il est difficile d’être une femme handicapée, Eva trouve, en cet esprit frappeur, un allié de premier choix pour se venger de tout ce qu’on lui fait subir, mais tout cela à un pris, bien évidemment.
Le cinéaste travaille également son ambiance délétère pour nous faire pénétrer davantage dans la folie d’une jeune femme qui ne rêve que d’une chose : retrouver l’usage de ses jambes. Le calendrier se joue alors d’elle au prix d’une aliénation symbolique, Ich, le boogeyman, lui faisant ingérer des petits chocolats aux vertus psychotropes et la pousse jusqu’au sacrifice ultime. Si l’idée est bonne sur le papier, l’exécution l’est peut-être un peu moins, tant le réalisateur et scénariste ne fait pas dans la subtilité pour faire intervenir cet arc narratif. Il faut bien reconnaître que si Le Calendrier ne réussit pas véritablement à user de l’horreur, celui-ci est bien plus fin pour nous exposer les moments d’intimités dramatiques.

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il y a de véritables idées dans ce long-métrage et que Patrick Ridremont se débrouille parfaitement pour ne pas tomber dans le gore outrancier et rester dans le drame psychologique. Si tout cela n’est pas écrit avec une très grande finesse, comme pourrait l’être une production Blumhouse d’ailleurs, il se dégage de ce film une envie de bien faire et cela passe par son ambiance et la photographie de Danny Elsen qui nous plongent, par moment, dans des envolées oniriques. De plus, bien que la mise en scène reste assez sobre, le cinéaste amusé avec les déformations d’images pour nous faire ressentir le malaise qui s’installe. C’est aussi dans son casting que Le calendrier peut sortir du lot, puisque Eugénie Derouand s’avère être la véritable révélation ici. Celle-ci réussit à nous faire ressentir à la fois toute la détresse et la rage de son personnage, mais également son immersion progressive dans le jeu qui lui est proposé. Le mythe de Faust a encore de beaux jours devant lui…

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En s’inspirant du modèle américain, Patrick Ridremont livre un long-métrage d’épouvante honnête et sans bavure, bien que le sujet exposé dans Le calendrier aurait, sans doute, mérité un peu plus de folie et de maîtrise. Cependant, il est bon de noter qu’il est rare d’avoir une proposition de ce genre dans le cinéma horrifique francophone et cela fait du bien. On retiendra également cette envie de nous plonger dans la paranoïa de son héroïne et dans son envie de s’émanciper pour retrouver sa liberté perdue

Note : 3 sur 5.

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