Littérature

Le singe d’Harlow de Ludovic Lancien: Premier roman prometteur

Moment critique, besoin de repères. Vie fade, sentiment de déjà-vu. Train de vie redondant, bouche grande ouverte à respirer l’air frais. Une envie irrépressible de lire un bouquin qui dynamise le quotidien, nous sorte de cette lassitude constante et de cette routine qui nous sert de béquille. Un boiteux. Voilà ce que je suis.

Passons.

Durant quelques moments opportuns, j’ai pu aider un collègue devenu ami à aller au bout de son projet, de ses rêves. Le pousser au delà de toutes ses barrières, le confronter à ses limites. Le résultat est devant vos yeux aujourd’hui, avec ce premier roman, primé Fyctia qui plus est, édité chez Hugo Suspense et doté d’une plume que j’avais entraperçu trois ans auparavant au détour de ses chroniques littéraires déjà fantastiques.

Ludo n’avait pas peur des mots, de la beauté de certains que plusieurs n’en connaissent pas le sens. Ludo n’avait pas peur d’aller en profondeur, d’explorer ses limites dans les lectures, de visiter autant sa conscience que celles des auteurs dans leur roman. Ludo est dorénavant passé derrière. Explorons à notre tour sa conscience, ses rejets, sa défection mentale, ses rêves meurtris et sa récente création, le singe d’Harlow, thriller mêlant de nombreux sujets dont il est friand, doté d’une belle plume et de quelques défauts, mais au final sincère et abouti.

La clé vient dans la maîtrise.

Ludo a tenu son intrigue. Même si je n’aime pas trop ce terme d’intrigue, qui n’existe pas vraiment. Son histoire tient la route, autant que la réaction des différents personnages. Pas d’invraisemblances. Des recherches poussées sur tous les sujets, divers et variés. Il en avait bien besoin sur certains. La qualité principale tend vers l’exploration personnelle de la profondeur de ses personnages, que ce soit le flic Luca Dorinel, doté d’un passé aussi sombre que la cavité d’un puits, que les deux autres personnages « principaux », un curé et un autre flic, qui renforcent la qualité de l’histoire par les différentes narrations qui la composent. La maîtrise vient également du fait que, malgré les rebondissements qui sont souvent présent à la fin des chapitres, nous ne nous perdons jamais dans l’histoire. Y’a du suspense, oui. Mais cela reste cohérent. D’autant que les révélations ne sortent pas de nulle part. Ludo, comme tout bon auteur, voulait écrire un bouquin qu’il rêve de lire. Il en est en partie arrivé. En partie, seulement ? J’y reviendrais plus tard.

Des thématiques qui tiennent à coeur.

Pour les néophytes de l’individu, cela ne se verrait pas. Pour ceux qui le connaissent un minimum, comme moi, cela se voit comme un troisième œil au milieu de la figure. Ludo porte dans son cœur des thèmes qu’il a voulu mettre dès son premier roman. La mythologie est l’un d’eux, très présent dans ce livre. Grecque, pour être exact. Des passages explicatifs pour nous en apprendre plus, parfois redondant, cependant utiles. La mythologie n’est pas un sujet qui me passionne particulièrement et ça a été parfois une souffrance de lire ces passages, mais cela reste dans des dialogues, beaucoup plus vivant que j’aurais pu l’imaginer. Le meurtrier s’en est inspiré pour façonner son personnage et s’exposer aux yeux de tous comme la réincarnation du monstre des Enfers, Cerbère. La morale du meurtrier reste louable et ses prédispositions pour les meurtres sont assez claires. Il n’a plus toute sa tête, mais l’a-t-on réellement lorsque l’on tue des gens ?

Des surprises, bonnes et moins bonnes.

Commençons par le positif. Les révélations ! Certaines m’ont mis K.O. N’ayant rien vu venir, j’ai été étonné de la maîtrise de Ludo dans son histoire et l’emprise qu’il avait dessus. Déjà si bon pour un premier ouvrage, ça ne peut être que positif pour ses futurs romans. Le final est lui aussi abouti, montant crescendo dans un élan de transpiration et de sueur au contact du personnage principal. Nous sommes avides de réponses et nous les obtenons toutes unes à unes au fil des pages, comme des raisins que l’on gobe.

Pour le négatif, ça n’engage que moi. J’ai trouvé certains moments un peu cliché. Mais difficile d’être réaliste à tous les coups, moi-même je ne suis pas irréprochable.

Puis, encore une fois pour ceux qui connaissent Ludo, il est adepte des romans assez noirs, plutôt gore. Et même si certains moments sont sombres, je n’ai ressenti aucun moment de malaise. Peut-être un manque de descriptions, ou un manque d’empathie pour les personnages décédés ? En tout cas, je sais que Ludo est capable de nous en faire baver et ressentir d’avantages dans ces moments si importants. Comme on peut le voir avec Chattam notamment, dans La conjuration primitive.

Point bonus: le personnage le plus abouti est sans aucun doute un quarantenaire, directeur d’une prison à Ploemeur. J’ai du mal à dire ce qui m’a tant plu chez ce personnage, mais sa sincérité et sa description m’ont étonnamment beaucoup plu. D’une certaine façon, je me suis identifié à ce personnage… Incroyable, tout de même !

Pour conclure

Le singe d’Harlow est un bon premier roman conçu par Ludovic Lancien. Une certaine sagesse et une maturité d’écriture, déjà, pour son âge qui est davantage en accord avec son nom. Prometteur, sans aucun doute. A suivre !

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