C’est indéniable, le cinéma marque la rétine. Il y a forcément un film qui nous a scotchés, qui nous a happés par ses images, son histoire, et qui a laissé une empreinte durable. On ne soupçonne pourtant pas le pouvoir que peuvent avoir les images. C’est justement ce que Fanny Gusciglio explore dans son premier roman, L’effet Koulechov, publié aux Éditions du Gros Caillou. Je vous donne mon avis sur ce thriller psychologique au climat paranoïaque.
La 4e de couverture
Les images ne mentent jamais pour ceux qui savent regarder.
Louise est une monteuse de cinéma réputée, mais depuis la naissance de sa fille, les propositions se font rares. Peut-être est-ce lié à ce qu’il s’est passé lors de son dernier film ?
Alors, quand un ancien camarade lui propose de finaliser le montage d’un long-métrage, elle accepte, malgré les zones d’ombre qui planent sur le projet…
Mais Louise sait mieux que personne faire parler les images, et ce qu’elle croit découvrir sur le tournage des « Débutantes » pourrait la mettre en danger.Traductrice de films et passionnée de cinéma, Fanny Gusciglio embarque ses lecteurs dans l’envers du décor dans un thriller paranoïaque plus vrai que nature.
L’importance des images
L’effet Koulechov de Fanny Gusciglio est un roman sur le cinéma, et plus particulièrement sur le pouvoir des images et sur ce que l’on peut leur faire dire. Dans ce récit, la romancière nous propose de suivre le personnage de Louise, qui se voit offrir, au pied levé, un contrat pour refaire le montage d’une scène particulière d’un film très attendu. La réflexion est rapide pour elle, puisque cela fait quelques mois qu’elle n’a pas eu de demande, suite à des problèmes personnels.
La voilà propulsée en région parisienne, dans un studio miteux, presque inquiétant, et dans un quartier délabré. L’ambiance se pose, et on sent, au travers des mots de Fanny Gusciglio, que le roman va prendre des airs de thriller à suspense, jouant sur nos sens, nos ressentis et sur les petits détails. Une fois dans le studio, c’est tout un art qui nous est expliqué. On découvre ainsi le travail minutieux du monteur, de ses préparatifs jusqu’au dernier détail, avant la présentation aux producteurs et au réalisateur. C’est un travail d’orfèvre qui s’offre à nous et que l’on suit avec beaucoup d’attention.
On ne peut pas dire que L’effet Koulechov déborde d’action, mais la romancière a cette capacité à nous immerger et à nous maintenir captifs de son univers. Fanny Gusciglio nous parle d’un métier méconnu et qui, pourtant, s’avère primordial pour la vie d’un film. On pourrait même dire que le monteur est plus important encore que le réalisateur, puisque c’est lui qui raconte l’histoire en associant des plans grâce à l’art du montage. Et c’est là tout l’enjeu de ce récit, qui va prendre un autre chemin au fil des pages.

Thriller paranoïaque
L’effet Koulechov se mue sous nos yeux, sous le travail de montage de Louise, mais également sous celui de la romancière. Ce simple travail va ouvrir les portes de quelque chose qui va nous dépasser et qui nous propulsera dans un thriller paranoïaque intense que l’on ne pourra plus lâcher. Il faut dire que le projet est bizarre depuis le début, et les premiers rushs que nous allons observer laissent planer un doute quant au bon déroulement du tournage.
On découvre une jeune actrice qui ne semble pas à l’aise et qui semble dépérir au fil des prises et des jours. Une tension se joue entre elle et l’autre acteur principal, mais le mystère plane également sur une porte de couleur bordeaux. Le doute assaille Louise et nous attrape également pour ne plus nous lâcher. On veut savoir, on veut connaître la vérité. Cette idée tourne à l’obsession, si bien que notre personnage va jouer avec les rushs du tournage pour trouver la vérité ou la faire parler.
Dès lors, l’ambiance se transforme. Elle devient inquiétante et on observe des bizarreries. Une tasse qui bouge, un fauteuil placé différemment, des appels de toute l’équipe, des acteurs qui semblent avoir disparu, la pièce du fond que l’on ne peut pas ouvrir, et surtout le dernier monteur qui ne donne aucun signe de vie. La paranoïa s’accentue jusqu’à un final glaçant et tout en tension. L’effet Koulechov de Fanny Gusciglio finit par résonner avec l’actualité du cinéma de ces dernières années…
La maternité au cœur de l’histoire
Mais derrière ce thriller paranoïaque se joue aussi la question de la maternité. Une thématique qui est toujours en toile de fond, qui tisse sa toile et qui nous questionne sur cet aspect de la vie. Louise est une jeune mère qui a mal vécu sa grossesse et qui vit difficilement l’après. Fanny Gusciglio évoque une mère qui souffre, qui se questionne sur sa place et sur tout ce qu’elle a perdu depuis la grossesse et la naissance.
Avant, elle était une femme épanouie, sûre d’elle. Maintenant, on ne la voit plus que comme une mère. Tout tourne autour de l’enfant, et la romancière nous parle merveilleusement bien de cette période de chamboulement intérieur, de perte de repères, de nos habitudes. Nos priorités changent dès l’instant où l’enfant est là, et pourtant on n’est pas tous prêts à ça. Il faut dire qu’il est difficile de tirer un trait sur notre vie d’avant, sur nos petites habitudes. Notre égoïsme ressort par moments, et c’est toujours compliqué de le faire taire.
Ces questionnements, ces réflexions renvoient clairement à une femme en pleine dépression post-partum, sujet encore tabou dans notre société, mais qui fait de plus en plus de ravages. Louise avait besoin de ce travail, de s’échapper quelque temps de cette condition, afin de redevenir une femme, une personne à part entière. Ce travail est comme une libération et, en même temps, il va s’avérer être une prise de conscience. Une prise de conscience que la société est contrôlée par des hommes, et qu’il faut protéger les filles coûte que coûte…
En bref, L’effet Koulechov de Fanny Gusciglio est un roman puissant
Vous l’aurez compris, Fanny Gusciglio m’a convaincu avec ce thriller paranoïaque aux thématiques profondes. L’effet Koulechov s’avère être un roman très intéressant à suivre, surtout lorsque l’on apprécie le cinéma et tout le travail qui en découle. On découvre un métier, un art à part entière, au travers d’une enquête méticuleuse et particulièrement prenante. Vous l’aurez compris, ce roman est à découvrir au plus vite !
Pourquoi lire L’effet Koulechov de Fanny Gusciglio
- Une plongée fascinante dans les coulisses du cinéma
- Un thriller psychologique sous tension
- Une réflexion captivante sur le pouvoir des images
- Une thématique forte et actuelle : la maternité