
Vous le savez sans doute, la rentrée littéraire est un événement majeur pour toute la chaîne du livre. Avec 466 sorties sur cette période, il est difficile de faire un choix. Surtout lorsque nous retrouvons année après année les mêmes auteurs, les mêmes thématiques et surtout aucun risque à l’horizon. La rentrée littéraire est parfois trop calibrée, mais il existe certains auteurs qui sortent du lot, qui prennent des risques et c’est le cas avec Acide, le premier roman de Victor Dumiot publié aux Éditions Bouquins. Une première cuvée percutante !
La 4eme de couverture
Camille voit sa vie basculer un jeudi soir dans le métro. Lorsqu’elle se réveille à l’hôpital quelques mois plus tard, elle n’a plus de visage. Son agresseur a disparu sans laisser de traces.
Julien vit enfermé dans son appartement. Solitaire, il passe l’essentiel de son temps à consommer des images pornographiques et à surfer sur le darknet. Un soir, il télécharge par hasard une vidéo de l’agression. Alors qu’il s’enfonce peu à peu dans une spirale de violence et d’autodestruction, il ne pense plus qu’à une chose : retrouver la jeune femme.
Radioscopie radicale de notre époque, fiction sur l’identité et la reconstruction de soi dans notre société de l’image, exploration de l’addiction sexuelle dans les bas-fonds d’Internet : Acide plonge son lecteur au coeur d’une véritable descente aux enfers.
Un premier roman vertigineux et d’une rare puissance.
Un premier roman percutant
Le premier constat que l’on peut faire durant cette lecture, c’est qu’Acide de Victor Dumiot ne plaira pas à tout le monde, de par sa noirceur et ses thématiques, et qu’il fera, à coup sûr, parler de lui dans la sphère littéraire. Que l’on soit claire, c’est le genre de roman que l’on ne voit que très peu chaque année, le genre d’œuvre qui fera sensation, d’autant plus que nous sommes face à un premier roman d’une grande qualité. C’est froid, percutant et sans concession. C’est beau, c’est laid et c’est dérangeant. Le fond, la forme, tout est là pour plaire aux lecteurs qui n’ont pas froid aux yeux.
Acide de Victor Dumiot, c’est une immersion dans ce que le monde a de plus merveilleux et de plus horribles à la fois. Lire ce roman, c’est comme effleurer l’interdit et se laisser happer par notre curiosité malsaine. C’est découvrir des pensées impures, des actes odieux et prendre plaisir à se brûler les yeux.
Pour ce faire, le romancier va alterner son œuvre avec l’histoire de deux jeunes personnes que tout semble opposer. D’un côté, nous avons Camille, une jeune trentenaire qui débarque sur Paris pour entrer dans le monde de la pub, dont la beauté a toujours été au premier plan. Un début de vie idyllique qui tourne au cauchemar lorsqu’un homme l’agresse dans le métro en lui jetant de l’acide au visage. L’enfer ne fait que commencer pour elle. De l’autre, nous avons l’homme, Julien, qui passe ses journées enfermées dans son appartement, refusant tout contact social, perdant peu à peu son humanité. Celui-ci passe ses journées à repousser ses limites en regardant des vidéos sur le Darknet. Sexe, violence physique, morale, tout y passe, jusqu’au jour où il tombe sur la vidéo de l’agression de Camille…
Dans cette “opposition” entre les deux protagonistes, la plume de Victor Dumiot s’adapte, se mue au fil des pages et autant vous dire que celle-ci impressionne par sa qualité, sa richesse et sa folie. On ne s’en rend pas forcément compte aux premiers abords et on aura une première explosion lors de l’attaque à l’acide. Le romancier ne ménage personne, que ce soit son personnage ou son lecteur. Les détails sont là, ils sont crus, s’infiltrent en nous pour ne plus jamais ressortir de notre esprit. Violence graphique d’un côté et celle de la pensée de l’autre, puisque l’on suit toute la réflexion seconde après seconde de sa victime. Premier pas vers l’enfer et ça ne fera que continuer…
Acide nous entraîne dans cette noirceur avec brio. Chaque personnage aura un style d’écriture bien à lui, si bien que l’on plonge corps et âme dans les vices et les tourments de ces deux jeunes personnes. Avec Camille, Victor Dumio prend son temps, nous immerge au plus profond de ses pensées durant sa convalescence et son alitement. Nous errons dans son esprit, dans ses souvenirs, ses craintes quant au futur, sa rage quant à sa situation et cette sensation de ne plus avoir de visage, de n’être que laideur dans ce monde. Tandis qu’avec Julien, le romancier use d’une écriture plus vive, avec des phrases plus courtes pour montrer l’étendue de la violence et du désespoir qui dicte son quotidien. D’ailleurs, l’écriture évoluera dans les derniers instants, là où la violence ne sera que plus forte.
Victor Dumiot nous offre une noirceur visqueuse, malsaine qui nous agrippe et nous immerge dans l’horrible. Il nous questionne sur la déshumanisation de notre société, de ce monde où le paraître est roi et où nous avons de plus en plus de mal à créer du lien social. La violence est au centre de tout dans cette histoire et nous pousse à nous demander si celle-ci l’est également dans notre société. Y a-t-il un moyen de l’enrayer ? Notre société est-elle basée uniquement sur la beauté ? Est-ce que le laid a encore sa place dans notre quotidien ? Les réflexions sont là, certaines font mal, certaines semblent bien ancrées dans notre quotidien. Acide nous bouscule, nous plonge le nez dans la noirceur du monde, des pensées individuelles et autant vous dire qu’on n’en ressort pas indemne.
En bref, Acide de Victor Dumiot est un roman qui bouleverse son lecteur
Vous l’aurez compris, Acide est le genre de roman qui ne plaira pas à tout le monde, mais qui fera parler de lui (il a d’ailleurs remporté le prix Maison rouge quelques jours avant sa sortie). Les thématiques évoquées par le romancier sont fortes, noires de chez noires et bousculent le lecteur jusqu’à la toute fin. Il ne reste qu’une chose à faire, si vous avez le cœur bien accroché, c’est de vous rendre en librairie et de donner sa chance à un tout jeune auteur.
Chronique qui donne envie de découvrir ce nouvel écrivain !
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Rhooo. Comment tu écris ton ressenti. Je me noie dans ma salive. 😍. Merci à toi pour la chronique 🙏😘
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Cette rentrée littéraire est un bon cru, j’ai l’impression. Je pourrais pas tout lire, il va falloir que je fasse une sélection. Pourquoi pas celui-là. Merci pour ton retour ^^
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J’ai adoré ce roman, puissant, réaliste et tellement riche d’émotions.
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