Cinéma

Le Daim de Quentin Dupieux (2019)

Quentin Dupieux ne chôme pas. Un an à peine après Au Poste! (que je dois encore rattraper), le réalisateur loufoque est déjà de retour avec une nouvelle proposition qui aura fait beaucoup parlé de lui.

Il ne vous aura pas échappé que les prémices de son nouveau long-métrage rappellent celle de son film culte Rubber. D’un côté, nous avons les pérégrinations d’un pneu tueur, de l’autre celle d’un blouson maudit qui semble prendre possession de l’esprit de son propriétaire. Deux films témoignant de la fétichisation des objets du quotidien, afin d’en faire de véritables personnages culte de cinéma. Deux films qui poussent l’absurde à son paroxysme. Mais, Le Daim a encore d’autres choses à prouver.

“Georges, 44 ans, et son blouson 100% daim ont un projet”. 

Le Daim s’inscrit pleinement dans le travail et dans les obsessions de son auteur. Le long-métrage plonge ses personnages et par la même occasion son spectateur dans un piège incompréhensible, tout en étant bien ancré dans une réalité tangible. C’est le point de départ qui permet au film de nous offrir l’absurdité qui va tout renverser sur son passage : Georges achète un blouson en daim, se filme dans un village de montagne paumé et plonge dans une névrose inarrêtable. Quentin Dupieux nous plonge tranquillement dans une ambiance de plus en plus malsaine et qui finira par nous coller à la peau…

Quentin Dupieux nous offre une fable cynique, dramatique et perturbante sur la solitude, ainsi que sur l’aliénation mentale. Le cinéaste nous propose de suivre un être humain dont le manque affectif est si fort, qu’il décide de tout plaquer pour vivre une histoire intense avec un manteau en daim. L’objet devient ici source de fétichisme, de possession, si bien que George, interprété par l’incroyable Jean Dujardin, se transforme sous nos yeux.
Il n’y a qu’un pas à franchir pour dire que le réalisateur s’attaque à la vision d’un capitalisme qui transforme les individus en être individualiste et essayant à tout prix de se cacher derrière une carapace. C’est ainsi que Le Daim est filmé de façon bien plus terne, granuleuse et le tout dans un décor qui respire l’ennui, alors que le personnage de Georges commence sa transformation…

Le cinéaste français va avant tout mettre l’accent sur le personnage de Georges, si bien que celui-ci creuse lentement son obsession malsaine pour ce manteau. Le réalisateur joue sur la double personnalité en multipliant les scènes silencieuses ou jouant avec les miroirs, permettant ainsi d’avoir deux Jean Dujardin pour le prix d’un. Le Daim joue sur cette inquiétante étrangeté, notamment lors des scènes de « ventriloque » donnant ainsi voix à ce manteau en daim. Entre malaise et rire, Quentin Dupieux nous entraîne dans le sillage de cette descente en enfer de façon frontale.

Véritable double du réalisateur, le personnage de Jean Dujardin fait du cinéma avec du rien. C’est grâce à la magie du montage que quelque chose en ressort, qu’une idée émerge. Il est indéniable que Le daim soit du cinéma et autant vous dire que Quentin Dupieux n’a pas perdu de sa superbe pour jouer avec différents genres. Si le malaise est toujours présent, le cinéaste nous plonge également dans un film noir, dans un western, mais aussi dans les vieux nanars. C’est également un véritable hommage au slasher, puisque celui-ci use d’une ambiance sonore suffocante et menaçante.

Le Daim déstabilise par la performance de Jean Dujardin qui bouffe la pellicule à lui seul. Il offre un personnage complexe, au bord de la rupture dans un premier temps, pour ensuite plonger au fond du trou avec un sérieux plus que dérangeant. Mais le film ne serait rien non plus sans la performance d’Adèle Haenel, d’abord candide, puis donnant les moyens à George d’accomplir son rêve…

Le Daim est du pur Quentin Dupieux. Celui-ci ravira très certainement les amoureux du style si singulier du metteur en scène autant qu’il a peu de chances de le réconcilier avec ses détracteurs. Il n’empêche que le cinéaste prouve, encore une fois, que son univers si singulier a encore de beaux jours devant lui et que l’on ne peut absolument pas se passer de lui. 

Pour vous procurer Le Daim au format physique, c’est par ici.

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2 réponses »

  1. Aux franges du délire, un Manteau de Gogol, un style de malade. Tu as raison, le Daim c’est ça et plus encore.
    J’attends avec impatience que cet Oizo nous ses Mandibules. Il paraît que c’est énorme !

    Aimé par 1 personne

    • Une belle surprise pour ma part et j’ai encore le thème musical en tête ! Mon manteau en cuir commence à me parler par contre…
      J’en ai entendu que du bien et c’est sûrement ce film qui me donnera la force de retourner dans les salles obscures !

      Aimé par 1 personne

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