Littérature

Avis de Décès de Zhou Haohui: un thriller chinois addictif

J’avais déjà pu expérimenter le polar asiatique avec un thriller japonais y’a quelques années, avec le roman Treize marches de Kazuaki Takano, qui m’avait beaucoup plu, mettant en avant le système carcéral japonais. J’ai d’ailleurs un autre livre de cet auteur qui m’attend en PAL mais dont la longueur, près de 800 pages, m’effraie tout particulièrement. Mais jamais je ne pouvais penser lire un jour un livre venant tout droit de Chine. Un thriller qui a rencontré un certain succès et chroniqué positivement par la copine Angie, que je remercie vivement, sans qui je n’aurais sans doute pas accroché un regard dessus. Si tôt le livre trouvé en librairie, je me suis empressé de l’acheter et de le placer dans mes envies livresques de l’été. Grand bien m’en a fait ! Mais tout de même pas évident de lire ce livre, inhabituel dans sa forme, son écriture et son intrigue, après cette lecture de 13 qui me laisse encore des souvenirs conséquents et positifs. Ceci dit, lui et moi nous sommes très vite entendu, car le tueur est dans le prolongement de la même veine de voyou et de type calculateur et froid que celui de 13. La transition n’a pas été difficile et j’ai vite accroché à ce que me proposait Zhou Haohui dans ce roman. D’ailleurs, il s’agit d’une traduction française à partir de la traduction anglaise, elle-même faîte du chinois. Pas simple à suivre, mais nul doute que l’on perd quelque peu la magie de l’écriture de base de l’auteur. On ne peut pas être au plus exact possible… Intéressons-nous donc de suite à Avis de Décès, premier roman d’une trilogie noire que je suivrais de ma plus belle attention. Sonatine savent dénicher de bonnes pépites !

18 avril 1984. Une série de meurtres inexpliqués dans la ville de Chengdu, incite la police à mettre sur pied une unité spéciale, la 4/18. Parmi ses membres, Zheng Haoming, un flic d’élite et Pei Tao, major de l’académie de police. Échouant à trouver le coupable, l’unité est dissoute.
Vingt-deux ans plus tard, Zheng Haoming est toujours obsédé par cette affaire. Mais au moment où il pense enfin tenir un indice majeur, il est assassiné. L’Unité 4/18 renaît alors de ses cendres. C’est le début d’un jeu du chat et de la souris avec un tueur aussi intelligent qu’insaisissable.

Dans une premier temps, je vais évoquer le fond du roman. Sa forme est différente des thrillers dont on a l’habitude de voir. Le polar asiatique est en pleine expension et l’on voit bien qu’ils arrivent à être autant efficace que ce que propose les Européens. C’est à la fois froid, dans certains moments, et lents, contemplatifs. Et parfois assez mouvementé mais avec une certaine distance. Cela se relève particulièrement voyant dans des scènes macabres, traitée avec une certaine distance, comme si l’auteur ne voulait pas choquer. Mais le livre n’en est pas ennuyant, bien au contraire ! La tension est bien présente tout du long et les protagonistes sont sur le qui vive. C’est d’ailleurs ce qui me fait tant apprécier ce que propose les thrillers asiatiques, cette force qu’ils ont, comme les Européens, à maintenir une tension permanente sur chacun des personnages mais aussi nous inquiéter pour chacun d’entre eux.

Petite anecdote intéressant, le livre ne compte que 11 vrais chapitres, découpés ceci dit, parfois, en des sous-parties. J’avoue qu’au début cela m’a un peu déstabilisé, car j’ai l’habitude et j’aime lire des chapitres courts et souvent explosifs. Mais Angie m’avait prévenu et le livre se lit finalement très rapidement. Je n’ai donc pas buté longtemps sur ce facteur.

Le roman nous confronte à une enquête de fond sur le meurtre d’un officier réputé de la police de Chengdu. Une corrélation explicite nous est révélée entre une affaire vieille de 18 ans et celle-ci. Tout au long du livre, ce sont beaucoup de révélations qui viendront donner du rythme au récit. Les personnages impliqués sont légions et les apparences, également, trompeuses.

Comme je le disais, ce thriller n’a rien à envier aux bons romans européens et se fait sa propre barque. Les mêmes ingrédients sont présent, avec un style d’écriture différent. Il faut savoir s’y adapter.

Un autre point important, c’est la réflexion faîte au sein du livre et ce qu’il dénonce. La corruption, notamment, au sein de la Chine et des organisations publiques et de fonctionnaires. La Police, notamment, se retrouve au centre de personnalités puissantes qui gangrènent ce pays. Ils ont une main mise importante. Il existe aussi un rapport entre le bien et le mal, ce qu’il faut faire pour lutter contre ça, et ce que ça implique, surtout. Ce rapport est explicité par la présence de ce tueur, cynique, créé de toute pièce par la société et ses règles.

Une question nous vient à la lecture de ce roman: quand est-on supposé agir, pour le bien, ou non ? Les personnages du roman vont être confrontés à des choix, qui ont de nombreuses conséquences, choix dénué de raisons et donc émotifs ou choix cartésiens. Qu’importe les choix, les dommages collatéraux sont présents.

Les personnages se développent bien. Mes deux préférés ont été Mu, psychologue. Et Pei, un flic qui a une part de responsabilité dans la vieille affaire. D’ailleurs, des flash-back nous sont dévoilés pour faire le lien et nous aider à comprendre, notamment la culpabilité prononcée de Pei. Ces deux personnalités font partis de la cellule 18/04, qui a pour but de traquer le tueur qui sévit en ville. Les décisions partent dans tous les sens et c’est globalement désorganisé, ce qui laisse un avantage considérable à l’ennemi. Chacun essaie d’imposer son avis, et de toute manière, les faux semblants de certains personnages, qui n’étaient pas ceux que l’on croit, donne du crédit à ce manque de cohésion évident. Il est dur de démêler le vrai du faux, comme dans tout bon roman.

Enfin, le tueur, parlons-en. J’ai eu la chance de croiser deux personnalités très fortes en matière de crime en deux romans. Celui-ci est autant cynique, manipulateur et froid que celui de 13. Sa manière de faire est machiavélique et même si j’ai pu trouver les clés et des réponses, je n’avais que la partie émergée de l’iceberg. Mais clairement pas tout le bloc du dessous qui m’a laissé pantois. J’aime ces romans bien construits.

Pour finir, ce roman est donc très bien construit, fort dans sa manière de procéder avec une fin annonciatrice de très bonnes choses pour le prochain volume, qui s’annonce d’ores et déjà épique et sanglant. Et surtout plein de rage et jouissif.

2 réponses »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s