Classique

W ou le souvenir d’enfance de Georges Perec

Bonjour à tous !

Je vous reviens aujourd’hui avec une chronique livresque, ma première en réalité donc j’espère être à la hauteur. J’ai découvert W ou le souvenir d’enfance, quand j’étais au lycée. J’avais une prof de littérature absolument géniale qui nous a vraiment fait sortir des sentiers battus niveau lecture, et ça m’a permis de découvert pleins de titres géniaux, que je n’aurais pas forcément lus sans elle. J’ai lu W à l’époque, et l’ayant retrouvé récemment chez un bouquiniste, j’ai eu très envie de relire ce récit qui m’avait déjà beaucoup plu à l’école. Le livre est publié en 1975, et aujourd’hui édité chez Gallimard dans leur collection L’imaginaire, qui publie je trouve de très bons titres classiques, et c’est maintenant une des mes collections préférées. Je vous laisse le petit résumé de la 4e, et je reviens un peu vous expliquer tout ça.

Il y a dans ce livre deux textes simplement alternés ; il pourrait presque sembler qu’ils n’ont rien en commun, mais ils sont pourtant inextricablement enchevêtrés, comme si aucun d’eux ne pouvait exister seul, somme si de leur rencontre seule, de cette lumière lointaine qu’ils jettent l’un sur l’autre, pouvait se révéler ce qui n’est jamais tout à fait dit dans l’un, jamais tout à fait dit dans l’autre, mais seulement dans leur fragile intersection.L’un de ces textes appartient tout entier à l’imaginaire : c’est un roman d’aventures, la reconstitution, arbitraire mais minutieuse, d’un fantasme enfantin évoquant une cité régie par l’idéal olympique. L’autre texte est une autobiographie : le récit fragmentaire d’une vie d’enfant pendant la guerre, un récit pauvre d’exploits et de souvenirs, fait de bribes éparses, d’absences, d’oublis, de doutes, d’hypothèses, d’anecdotes maigres. Le récit d’aventures, à côté, a quelque chose de grandiose, ou peut-être de suspect. Car il commence par raconter une histoire et, d’un seul coup, se lance dans une autre : dans cette rupture, cette cassure qui suspend le récit autour d’on ne sait quelle attente, se trouve le lieu initial d’où est sorti ce livre, ces points de suspension auxquels se sont accrochés les fils rompus de l’enfance et la trame de l’écriture.

L’histoire

Vous l’aurez sans doute compris, dans ce livre les chapitres sont alternés. Le premier chapitre est consacré à un récit fictif, racontant (en partie) l’histoire de Gaspard Wincler, déserteur ayant usurpé l’identité de quelqu’un d’autre et qui reçoit une lettre mystérieuse où l’auteur lui donne rendez-vous. S’y rendant, il découvre que la personne dont il a volé l’identité, le vrai Gaspard, est le seul potentiel rescapé d’un naufrage, qu’on va alors lui demander de retrouver. Il va ensuite découvrir l’île de W, sur laquelle a été construite une société utopique, mettant en avant l’Homme, ses origines, son physique, sa force. L’autre partie de l’histoire, est autobiographique, et raconte l’enfance de l’auteur, enfant juif pendant la Seconde Guerre Mondiale.

Perec et l’OuLiPo

L’histoire étant à moitié autobiographique, et pour bien comprendre la partie fictive de ce roman, il est essentiel de connaître l’auteur, aussi bien son enfance qui est mise en avant dans W, que son âge adulte, à l’époque où il commence à écrire, et faire des recherches et des expérimentations sur l’écriture en général. Pour faire court sur son enfance, Georges Perec (dont le nom a été francisé) est né en 1936 à Paris, de parents juifs polonais. Son père meurt dans les premières années de la guerre, touché par à un obus. Sa mère le sauve en l’envoyant en zone libre, mais est elle-même arrêtée, enfermée à Drancy, puis déportée à Auschwitz, où elle mourra. C’est toute cette période qui est racontée par Perec dans le roman. La partie autobiographique y est donc primordiale, et permet de mettre en lumière  l’histoire de W.

En grandissant et en travaillant sur l’écriture, Georges Perec intègre l’OuLiPo, l’Ouvroir de Littérature Potentielle. Bon, je ne vais pas vous refaire mes cours de première car c’est un peu compliqué (mis à part si vous en faites la demande auquel cas je ferais une petite mise à jour), mais pour résumer, c’est un regroupement d’intellectuels comprenant par exemple Raymond Queneau ou Italo Calvino, qui travaillent sur les mots, les formes, les sonorités, les lettres, ou en réalité toute manière de communication, pour stimuler leur créativité et leur imagination. Pour vous donner un exemple Perec, a écrit tout un livre, La disparition, sans utiliser une seule fois la lettre e, la plus courante dans la langue française, ce qui est quand même un exploit littéraire. On retrouve bien sûr ces expérimentations formelles dans W, qui se mélangent avec des parties narratives plus habituelles, mais où la plume de Perec parvient à offrir tout un charme, et à dégager une certaine mélancolie de l’histoire.

Le récit

Pour vous laisser découvrir un maximum cette histoire par vous même, je ne vous raconterai pas plus de choses sur l’île de W. Le roman est d’ailleurs découpé en deux parties. Durant la première, on apprend à connaître Gaspard, et c’est à ce moment que se posent toutes ces questions concernant le naufrage et cette île mystérieuse. Dans la seconde partie, on découvre véritablement ce qu’est W, et quelle genre de société y a été bâtie. Mais la véritable force de cette histoire, c’est que la partie autobiographique permet de véritablement comprendre le récit fictif, qui bien que tout à fait cohérent, prend toute sa dimension par cette seconde lecture. D’ailleurs, si vous le lisez (ce que je vous conseille vivement de faire), essayez de toujours bien garder à l’esprit le lien (et même le chercher) avec la Seconde Guerre Mondiale, ce qui vous aidera sans doute à mieux comprendre cette « Histoire avec sa grande hache ».

W ou le souvenir d’enfance est un récit magnifique, où la question du souvenir, de l’oubli, du refoulé tient une grande importance et qui sont des sujets qui moi me passionnent. L’histoire nous permet aussi de découvrir un monde utopique (ou contre-utopique), mis en lumière par l’histoire nazie et leurs convictions. Je n’en ai que peu parlé, mais la plume de l’auteur est vraiment magnifique. Il sait tout aussi bien nous perdre dans des considérations d’ordres formelles de l’OuLiPo en nous prouvant sa dextérité et sa créativité dans ce véritable exercice de style, que de nous faire voyager aux travers de passages oniriques, qui feront écho en toute personne prête à tendre l’oreille et à écouter. Je pense réellement que c’est un ouvrage dont on ne peut pas passer à côté. De plus, il est assez court, et cette alternance entre fiction et autobiographie, avec des paragraphes courts, permet de donner une véritable dynamique au récit. Et si toutes ces thématiques vous intéresse, je vous conseille de vous pencher sur un autre de ces livres, Je me souviens, où l’auteur a rassemblé des centaines de phrases simples, toutes commençant par « je me souviens », où il partage pleins de petits détails et souvenirs, aussi bien insolites que mélancoliques.

J’espère ne pas vous avoir ennuyé avec cette chronique, et que si vous ne connaissez pas déjà le travail de cet auteur, vous aurez envie de le découvrir. C’est une histoire qui trouve beaucoup de résonance en moi, et qui, des années après ma première lecture, m’émeut tout autant. Georges Perec, pour moi, est l’un des plus grands auteurs du XXe siècle, qui tend à être plus connu, et qui permet de découvrir sous un angle plus abordable la littérature dite classique, ainsi que la Seconde Guerre Mondiale, avec encore plus d’humanité.

4 réponses »

  1. Même découverte au lycée, même relecture quelques années plus tard, Perec a fini par être un auteur de mon mémoire universitaire. Ta critique est excellente et m’a donné envie de me replonger dans W, merci !

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