Cinéma

[CRITIQUE] : Affamés de Scott Cooper (2021)

Après s’être attaqué au drame musical avec Crazy Heart, au thriller avec Les brasiers de la colère ou encore au western avec Hostiles, Scott Cooper change de registre et part vers le film de monstres avec Affamés disponible dans les salles obscures depuis le mercredi 17 novembre 2021. C’est aidé par Guillermo Del Toro à la production que le cinéaste revisite une mythologie encore peu exploitée au cinéma. Alors, retour gagnant pour le réalisateur avec ce long-métrage qui était attendu depuis avril 2020 ?

SYNOPSIS
Julia, institutrice dans une petite ville minière de l’Oregon, découvre qu’un de ses élèves est victime de son père et de son frère. Elle va alors enquêter avec son frère Paul, le shérif local. Ils vont découvrir un secret surnaturel aux conséquences terrifiantes.

Ne nous mentons pas, Affamés était attendu de pied ferme par les amoureux du genre fantastique et horrifique, grâce notamment à l’implication de Guillermo Del Toro. Le premier constat que l’on pourra se faire, c’est que le long-métrage orchestré par Scott Cooper ne ralliera pas tous les fans, tant celui-ci ne détourne absolument pas les codes du genre. Cependant, il est indéniable que le réalisateur s’est lancé dans l’adaptation de la nouvelle de Nick Antosca avec un sérieux et une sincérité qui transpire dans chacun des plans qui constitue ce film. 

Affamés ou Antlers (de son titre original) prend place dans une petite ville de l’Oregon qui agonise des suites de l’arrêt de l’industrie du charbon. Scott Cooper en profite alors pour nous immerger dans une communauté qui sombre dans la pauvreté et la toxicomanie la plus crasse. Encore une fois, le cinéaste nous offre une vision d’une Amérique en crise et c’est, sans aucun doute, la grande force de ce long-métrage.
Tout comme avec sa relecture du western avec Hostiles, le cinéaste embrasse totalement le genre pour ensuite revenir à quelque chose de plus noble, de plus épuré et surtout de plus intime. En soit, Scott Cooper réussit habilement à se démarquer des trop nombreuses productions horrifiques que l’on a depuis quelques années n’allant que dans la surenchère et dans le grand spectacle. 

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Bien évidemment, ce choix de revenir à l’épure occasionne quelques problèmes dans la narration, puisque celle-ci pourra paraître bien trop prévisible et mécanique. Cependant, celui-ci permet également de nous offrir une expérience horrifique toujours plus proche de notre réalité, apportant ainsi une sensation diffuse de malaise, qui finira par nous saisir totalement. Et c’est bien dans son atmosphère, particulièrement soigné, que le réalisateur finit par nous emprisonner, et ce grâce notamment au travail de son chef opérateur, Florian Hoffmeister.
C’est bien dans les multitudes couches de noirceurs que Affamés nous frappe. L’horreur s’immisce dans le quotidien, devenant alors véritable métaphore de la pauvreté et des traumas qui gangrènent cette ville…

Scott Cooper filme cette déchéance sans entrer véritablement dans un pathos et nous offre de magnifiques cadres propices à l’horreur qui se joue. Cela se ressent dès sa scène d’introduction, puisque l’on plonge dans une terre dévastée, souillée par cette industrie qui englobe entièrement le cadre. 
Cette atmosphère sera également sublimée par un casting de premier choix, notamment avec Keri Russel, mais aussi Jesse Plemons qui est toujours aussi bon. Mais le point fort de ce long-métrage vient surtout du personnage de cet enfant taiseux, brillamment interprété par Jeremy Thomas. Celui-ci réussit à nous faire ressentir une palette d’émotions complexes, rien qu’avec sa gestuelle ou son regard, si bien que l’on a l’impression de porter toute la misère du monde sur nos épaules durant une heure trente. 

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Je n’irais pas plus loin dans ma description du long-métrage, tant il est important de garder une part de mystère. Tout ce que je peux évoquer, c’est que l’on comprend pourquoi Guillermo Del Toro s’est entiché du projet de Scott Cooper. Affamés fait preuve d’un profond respect pour le genre et cela passe par ses effets de caméra, mais aussi et surtout par son utilisation d’effets pratiques pour nous offrir une transformation et un monstre aussi impressionnant que traumatisant. On pourra ainsi saluer le travail de Guy Davis qui est à l’origine du design de celui-ci (et de celui visible dans La forme de l’eau).Le cinéaste n’a pas peur de se salir les mains et cela se ressent à de nombreuses reprises. Autant vous dire qu’autant de sincérité dans un projet fait énormément de bien, même si celui-ci est loin de révolutionner le genre.


Affamés nous offre une expérience épurée de l’horreur, afin de nous immerger dans la noirceur du quotidien gangrenée par la pauvreté qui fait rage. On retient avant tout cette sincérité qui transpire dans chacun des plans de ce long-métrage et on remercie Scott Cooper pour sa tentative plus que réussi dans un genre cinématographique en perdition depuis quelque temps.

Note : 4.5 sur 5.

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