Cinéma

[CRITIQUE] : Kandisha de Julien Maury et Alexandre Bustillo (2021)

C’est à peine remis de The Deep House, qu’Alexandre Bustillo et Julien Maury reviennent en force avec un nouveau long-métrage se nommant Kandisha. Tourné trois ans après leur retour des États-Unis et donc de leur amère expérience avec Leatherface (projet qui a fini par leur échapper), celui-ci est resté dans les cartons, conséquence d’une pandémie que l’on connaît tous très bien.
Alors que The Deep House a eu le droit à une sortie sur grand écran, Kandisha se contente d’une simple sortie en VOD au cœur de l’été 2021, puis d’une sortie DVD le 3 novembre 2021, mais aussi d’un rachat par la plateforme américaine Shudder, de quoi rendre justice à un long-métrage qui propose un sympathique slasher fantastique. 

SYNOPSIS
Trois amies d’enfance invoquent l’esprit de Kandisha, créature vengeresse issue d’une légende marocaine. Un jeu qui tourne au cauchemar quand leurs proches se mettent à tragiquement disparaître. Les jeunes filles vont alors faire tout leur possible pour essayer de contrer cette créature maléfique.

Dès les premiers plans, Alexandre Bustillo et Julien Maury nous plongent dans une cité française anonyme, avec leurs barres d’immeubles qui prennent presque la totalité du cadre, afin de jouer sur une sensation d’oppression, tout en invoquant un score musical sombre. Aucun doute à avoir, le duo s’inspire et fait référence au mètre étalon du genre, à savoir Candyman de Bernard Rose, sorti en 1992.
Effectivement, tout part d’Amélie, interprétée par Mathilde La Musse, une jeune fille qui décide de se venger en invoquant une légende issue de la culture marocaine nommée Kandisha, représentée par Mériem Sarolie, après avoir subit une tentative de viol dans les caves de la cité, par un ex éconduit, mais surtout très violent. Alors, oui, les réalisateurs se contentent, une nouvelle fois, de déplacer un sous-genre de l’épouvante que l’on a énormément vu dans les années 80-90, notamment dans le cinéma US, pour le transposer dans un contexte totalement différent, tout en suivant à la lettre l’idée de rituel d’invocation que l’on a déjà pu voir dans Candyman, Bloody Mary ou dans la légende de la Dame Blanche.

En jouant avec la figure de la légende d’Aïcha Kandisha, cette femme devenue esprit démoniaque après avoir vengé la mort de son mari et décimant l’entourage masculin de celle qui l’a invoqué, le duo Bustillo et Maury invoque celle-ci à des fins fictive, afin d’en faire une nouvelle figure du bogeywoman. Ici, il ne sera absolument pas question de coller à la véritable légende ou encore de nous offrir un long-métrage sociétal sur la place de la femme dans les cités, mais bien de nous donner un film de genre pur et dur, bien qu’il soit indéniable que l’utilisation de la légende de Kandisha permet d’apporter un discours féministe fort.

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Bien évidemment qui dit hommage à tout un pan du cinéma horrifique, dit chemin balisé pour arriver au final du long-métrage. Si l’idée est bonne sur le papier, l’exécution du scénario est assez scolaire, et même si certains moments forts viennent nous surprendre, l’ensemble coulera de source pour celles et ceux qui ont été biberonné par le genre. Si ce n’est pas dans cet aspect que l’on retrouve toute la force de ce Kandisha d’Alexandre Bustillo et Julien Maury, c’est bel et bien dans l’utilisation de son décor, allié à celle de la légende, qui va donner tout le sel de ce film et donc dans une atmosphère particulière, étrange, notamment avec les différentes manifestations de l’entité et son apparence changeante.
Mais avant qu’Aïcha Kandisha n’entre en scène, le duo nous plonge dans le quotidien de cette banlieue. Jouant sur le contraste de la froideur de l’architecture et de la chaleur des intérieurs, Alexandre Bustillo et Julien Maury rendent hommage, à leur façon, à la vision cosmopolite que l’on peut avoir et voir dans ces différents quartiers. Tout cela est d’ailleurs mis en lumière par le très bon travail qui découle de la photographie de Simon Roca, des décors, de la colorimétrie, faisant de Kandisha un long-métrage assez fauché, mais formellement beau. 

Cependant, toute cette ambiance colorée des intérieurs disparaîtra rapidement, puisque Kandisha va envahir le quartier de son ombre vengeresse. Véritable choc esthétique, la pénombre cherche à dévorer la moindre parcelle du cadre, afin de plonger l’histoire dans l’horreur la plus pure. D’ailleurs, cette noirceur va également se faire ressentir dans la façon dont la boogeywoman apparaît de manière aléatoire à l’écran. L’idée est toute simple, mais fonctionne parfaitement, puisqu’elle tente de jouer sur l’effet de surprise d’une potentielle attaque et de sa finalité. S’il est difficile de vraiment connaître l’identité de la prochaine victime masculine, c’est encore plus compliqué de savoir comment la mise à mort va se jouer. Les deux réalisateurs multiplient les idées et offrent un véritable festival d’effets pratiques qui raviront les amateurs du genre. Jouant sur différents cadres, mais aussi sur le hors champ et sur le design sonore pour nous surprendre, Kandisha s’avère être une véritable bouffée d’air frais en comparaison des autres films usant d’effets numériques. Ici, on croit à ce que l’on voit, on le ressent au plus profond de nous et c’est ce qui fait toute la différence. 

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L’autre force, selon moi, de ce Kandisha de Julien Maury et Alexandre Bustillo est de nous offrir ce trio d’héroïnes qui n’est pas sans rappeler la sororité palpable dans un long-métrage comme The Craft. Bien évidemment, ces trois jeunes femmes représentent à elles seules la pluralité des cultures et des niveaux de vie que l’on peut retrouver dans les banlieues, tout en montrant que l’on peut se soutenir entre meilleures amies. C’est avec force, dramaturgie et humour que l’on suit les pérégrinations de ce trio devant se confronter à un mal universel et millénaire et le duo en profite pour nous apporter de très beaux moments de communion. Loin de nous offrir une coquille vide pour instaurer un personnage, les réalisateurs apportent un traitement tout en finesse pour donner vie à cette histoire. 


On retiendra de ce Kandisha, cette volonté de nous apporter un véritable slasher fantastique, tout en jouant sur la noirceur qui se dégage du quotidien des personnages, pour nous faire vivre un pur film de genre. Cependant, le manque de budget et le scénario trop prévisible entachent quelque peu mon enthousiasme sur ce que nous offrent Alexandre Bustillo et Alexandre Maury. On pourra tout de même saluer cette envie de nous procurer un film d’épouvante dans les banlieues, tout en jouant avec les codes du genre, malgré ses limites. Au final, le seul regret que l’on peut avoir en terminant le visionnage, c’est de ne pas avoir vu Kandisha sur grand-écran. 

Note : 3.5 sur 5.

Pour vous procurer Kandisha au format physique, c’est par ici.


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2 réponses »

  1. J’étais complètement passé à côté de cette sortie, mais je la note parce que même si on s’éloigne du mythe originel, je suis curieuse de découvrir une légende dont je n’avais jamais entendu parler. Quant au trio, il a l’air d’offrir le genre d’équilibre, de pluralité et de synergie que j’apprécie dans un livre ou un film.

    Aimé par 1 personne

    • J’espère sincèrement que tu vas apprécier ce long-métrage ! Les réalisateurs ne font pas toujours l’unanimité, mais je trouve que Kandisha a ce qu’il faut pour plaire au plus grand nombre 🙂

      Aimé par 1 personne

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