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Interview d’auteur : Ludovic Lancien

Pour ce nouveau rendez-vous, je vais essayer de faire intervenir un auteur par mois, sans me mettre de limites quant aux auteurs, qu’ils soient français ou étrangers. La seule condition que je me fixe et à laquelle Thomas adhère, c’est de choisir un auteur dont nous avons au moins l’un d’entre nous lu un ou plusieurs bouquins,
afin de cibler les questions plus « personnelles ».
Pour cette première édition, j’accueille Ludovic Lancien, jeune auteur français, collègue et ami, qui a accepté de répondre à mes nombreuses questions.

Partie 1 : L’auteur, ses romans, son imaginaire, de façon générale.

  • En quelques phrases, présente-toi pour ceux qui ne te connaissent pas…

Je m’appelle Ludovic Lancien, j’ai 33 ans, et je suis l’auteur de deux romans parus chez Hugo Thriller, dans leur collection Poche Suspense : Le singe d’Harlow, en 2019, lauréat du prix Fyctia du meilleur suspense, et Les oubliés de Dieu, en 2020. Je suis également vendeur à mi-temps dans un magasin de produits biologiques.

  • Tu rassembles tes idées, tu commences à écrire. Combien de temps par jour ? Tu dois être dans ta bulle à 100% ?

Difficile à évaluer.

J’ai retrouvé un boulot récemment, ce qui bouleverse pas mal mes habitudes. Pour écrire, j’ai ce besoin de m’enfermer complètement dans ma bulle. J’ai pu le faire pour mes deux premiers romans, c’est désormais plus compliqué. Si mon emploi du temps le permet, je consacre facile six à sept heures d’écriture par jour. Bien sûr, cela englobe les recherches et les réflexions, ce n’est pas juste « j’ouvre mon doc word et je fais chauffer le clavier ».

Écrire, c’est pour moi me projeter entièrement dans l’histoire. Je dois la vivre pour en gratter les moindres détails et en retirer le maximum. Cela demande forcément un temps considérable.

  • Jusqu’à quel point planifies-tu ce que tu vas écrire et quand laisses-tu place à ton inspiration ?

Je fonctionne avec un plan afin de ne pas trop m’égarer. Il tient plus de la frise chronologique où sont notés les éléments clés du récit. Entre chaque, c’est atelier broderie ! Je suis incapable de tout planifier à l’avance, et je laisse donc carte blanche à mon imagination pour développer mon intrigue. Cela entraîne parfois une perte de temps et des hésitations, mais il faut également savoir se faire confiance et se dire : « je sais pas du tout où je vais, mais tant pis ». Pour les oubliés de Dieu, quelques scènes importantes ont été écrites d’une traite, dans la foulée des idées qui déroulaient sous mon crâne. C’est peut-être dans ces moments-là que mon écriture est plus fluide, car sans fioritures.

  • Quels liens as-tu avec tes personnages ? En quoi sont-ils proches ou éloignés de toi ou de ta personnalité ?

Ils me ressemblent beaucoup, car Gabriel et Lucas sont les deux faces de ma personnalité. Je ne suis pas schyzo, mais disons que je suis un faux calme. Lucas représente mon côté impulsif. Il cogne dur, s’énerve facilement et est plutôt difficile à raisonner. Tout l’opposé de Gabriel, qui lui est un homme sensible, assez réservé. J’aime cette ambivalence, car je me retrouve en chacun d’eux.

  • Qu’est-ce qu’écrire implique pour toi ? Jusqu’à quel point tu y mets de ta personne ?

Écrire est devenu vital pour moi, cela se ressent sur mon humeur si je n’y arrive pas. Imaginer et développer une intrigue bien noire et tordue m’apaise énormément. C’est un drôle de paradoxe, mais je commence à m’y faire.

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Partie 2 : L’auteur, plus personnellement.

  • On sent l’influence d’auteurs, autant sur ton style d’écriture que tes intrigues (Chattam, Grangé, Thilliez…), dans tes écrits. Que t’apportent-ils ?

Ils m’apportent l’inspiration ! Je place Grangé loin, très loin devant les autres. Le Vol des cigognes fut une lecture incroyable, une révélation. J’ai adoré ce style brut et incisif, l’intrigue scientifique, les effusions de sang… Je l’ai lu il y a une dizaine d’années mais il est resté gravé dans ma mémoire. J’ai tendance à répéter que j’aime écrire ce que je lis. C’est donc tout naturellement que ma plume s’oriente vers ce genre de style. Thilliez m’a donné le goût des intrigues scientifiques. Il a cette incroyable faculté de parvenir à vulgariser des faits complexes et à les rendre captivants.

  • Tu fais toujours énormément de recherches. De plus en plus, au fil des romans. Quelle est l’importance de l’information, de la « réalité » à tes yeux ?

C’est important pour rester crédible. Crucial, même !

Une intrigue scientifique exige un minimum (ou plutôt un maximum) de recherches. Déjà parce que cela permet d’enrichir l’histoire et donc d’entraîner certains rebondissements, et ensuite parce qu’il faut réussir à captiver le lecteur, et non pas qu’il se dise à chaque page que c’est cousu de fil blanc !

C’est un équilibre précaire qui demande beaucoup de réflexion. Un exercice stimulant et usant, mais terriblement addictif !

  • Tes deux personnages principaux sont masculins (Lucas Dorinel & Gabriel Darui) et adulte. Pourrait-on voir dans un futur proche un héros / une héroïne enfant, adolescent et/ou féminin ?

Dans Les oubliés de Dieu, une femme est mise en avant, du moins une partie de son passé : la lieutenante Noémie Egawa. J’aime sa fragilité, sa beauté, mais aussi son tempérament sanguin, impétueux. J’ai déjà dans un coin de ma tête quelques pistes pour la développer encore plus. Pourquoi pas lui consacrer une histoire, ou un pan complet d’une intrigue. J’aime l’idée de faire évoluer mes personnages, et me dire que les épreuves du passé peuvent avoir une conséquence directe sur leur manière d’appréhender une enquête.

  • Dans tes romans, tu veux mettre en exergue la noirceur humaine dans toute sa complexité. À quel point es-tu attiré par le noir ? Quelle sensation cela te procure d’en parler ?

Comme je l’ai expliqué plus haut, écrire des intrigues sombres m’apaise. C’est un exutoire, une manière d’expulser toutes les idées noires qui sont ancrées en moi. Beaucoup de colère, de pensées négatives, qui macèrent depuis de longues années et qui, il faut bien l’avouer, me bouffent par moments l’existence.

Je ne pourrais pas écrire des choses gaies, des romans « légers ».

J’aime en lire de temps à autre pour me détendre, mais ma plume reste viscéralement tournée vers le noir, les ténèbres. Je m’y sens bien, c’est ainsi.

  • Derrière chaque auteur se terre une personne : sa personnalité, sa sensibilité. Comment Ludovic Lancien fait-il face aux critiques qu’il peut lire (blog, réseaux sociaux…) ou voir (Youtube, IGTV…) ?

Ce n’est pas évident, car parfois une mauvaise critique peut occulter plusieurs retours positifs. Si c’est argumenté, cela ne me dérange pas (ou moins, disons ^^). Au contraire, quelques critiques sur Le singe d’Harlow m’ont aidé à améliorer mon écriture et cela s’est ressenti sur mon second roman.

Et puis, ça fait partie du jeu. Je suis publié en France, tout le monde peut acheter mes livres. C’est déjà une chance incroyable, et on ne peut pas plaire à tout le monde, c’est bien connu. Je relativise, même si sur le moment ça peut faire mal.


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Partie 3 : Autour d’un verre, les confessions.

  • Une anecdote marrante à nous confier autour d’un de tes romans ?

C’était lors d’une relecture de mon second roman. Un pan de l’intrigue se déroule en Italie, et je voulais retracer un peu le parcours pour s’y rendre. Sûr de moi, j’ai écris que les policiers devaient traverser les Pyrénées. Voilà, voilà…

Ma compagne m’en parle encore en se moquant ouvertement, et cela me rend très triste. Heureusement qu’elle l’a relu avant l’envoi à l’éditeur, j’ai pu corriger cette erreur grotesque !

  • Dans ta vie de tous les jours, quand il n’y a pas l’écriture, que reste-t-il de toi ?

Avec cette question, j’ai la chanson de Grégoire en tête maintenant.

Honnêtement, il reste juste un mec qui a mal à l’épaule depuis bientôt trois ans à cause d’une blessure qui ne veut pas guérir, qui aime lire des thrillers en pagaille (quand j’ai du temps) et visionner des films (quand j’ai du temps). Je suis plus orienté comédies, je regarde rarement des policiers et encore moins des films d’horreur. J’en ai tellement bouffé ado que je crois avoir fait une overdose. Et puis, même si mon univers est sombre, j’apprécie pouvoir débrancher et passer à autre chose une fois mon fichier word fermé.

  • Si tu n’avais pas trouvé le chemin de l’écriture, dans quoi aurais-tu pu t’exprimer ?

Eh bien, dans les plantes.

J’ai fait des études en horticulture car je suis passionné (où je l’étais, je ne sais plus très bien) de végétaux exotiques. Bananiers, papyrus, palmiers, frangipaniers, jacaranda…

Ces noms m’ont longtemps fait rêver. Je cultivais ces plantes dans la véranda de mes parents, qui était orientée plein sud. Engrais organique (tellement plus efficaces que les conneries chimiques, bondiou !) + eau + soleil = cocktail gagnant. J’avais un bananier (Ensete ventricosum) qui avait pratiquement atteint les 2 mètres de hauteur, avec des feuilles gigantesques. Je pouvais te réciter des noms latins en long et en large. J’adorais apprendre, découvrir. C’est toujours le cas, mais la folie des plantes m’a un peu déserté depuis quelques temps.

  • As-tu noué des liens avec certain-e-s auteur-e-s ?

Avec la pandémie, beaucoup de salons ont été annulés. Dans ces conditions, pas évident d’apprendre à connaître les gens. J’ai rencontré les autres auteurs d’Hugo Thriller, donc je ne peux que te parler d’eux. On discute régulièrement entre nous via Facebook, on a de la chance de bien s’entendre.

Sinon, j’ai rencontré des auteurs jeunesse, comme Calouan et Arthur Ténor. Arthur est également le directeur de Scrineo jeunesse. Ce sont deux personnes que j’apprécie beaucoup, avec qui le courant est tout de suite passé.

  • Quel rapport as-tu avec tes ami-e-s ? Ta famille ? Plutôt social ou dans ta grotte ?

Quand j’écris, j’ai tendance à me refermer sur moi-même, à être dans ma bulle. J’ai conscience que ça puisse être pénible (tu vas pas dire le contraire !), et que je m’éloigne de mes proches. Mais l’écriture est un travail tellement complexe que je n’y arrive pas si je suis sans cesse à droite ou à gauche. J’ai besoin de calme et de rien d’autre. Mais s’il n’y avait pas ma famille et mes proches, ce serait impossible d’y arriver. Un paradoxe de plus !

  • Y a-t-il un auteur/une autrice que vous admirez ? Si oui, que lui prendriez-vous ? (notoriété, talent de conteur, sa vie…)

Allez, je me répète mais ça ne me dérange pas : j’adore les romans de Jean-Christophe Grangé et Franck Thilliez. Dans cet ordre.

J’admire surtout le travail effectué en amont de l’écriture. Pour eux comme pour tous les auteurs, même si je place ces deux-là dans le haut du panier (le mien, en tout cas). Il en faut de la détermination pour boucler un roman. Du travail, de la rigueur, et de la détermination. Pour eux, on parle de dizaines de thrillers publiés.

S’il y a une chose que je veux leur prendre, c’est justement cet acharnement dans le travail, qui parfois me fait défaut !


C’est ton dernier mot.

Un petit mot aux écrivains en herbe, auteur-e-s voulant à son tour se lancer ?

Première règle indispensable, voire la seule réellement valable : prendre du plaisir. Cela ne vient pas forcément tout de suite ! Une histoire cohérente n’apparaît pas en un claquement de doigts, mais avec de la rigueur et beaucoup de patience. Il faut écrire si possible tous les jours, même par petites touches. Et quand ce n’est pas le cas, le récit ainsi que vos personnages doivent mouliner dans votre tête, prendre de la consistance. Si vous n’avez pas la force d’écrire quelques lignes, alors essayez de faire défiler devant vos yeux le film de votre histoire. Vous devez en maîtriser chaque aspect et entrer en empathie avec elle. C’est un travail fastidieux, mais plus rien ne pourra vous arrêter ensuite.

Merci Ludovic de ton temps !



Vous pouvez retrouver les deux romans de Ludovic ci-dessous :

Résumé

Démis de ses fonctions de commandant à la PJ parisienne, le lieutenant Lucas Dorinel vit son exil brestois comme une petite mort. Jusqu’à ce qu’un message obscur _ Les Bêtes seront sacrifiées _ lui rappelle ce que la mort, la vraie, a de plus terrifiant.
Car le message le conduit à un cadavre. Sauvagement mutilé. Celui d’un homme incarcéré huit ans plus tôt pour le meurtre d’un enfant.
En s’adressant directement à lui, l’assassin réveille en Lucas à la fois son instinct de flic et sa violence. Le meurtrier et lui sont faits de la même étoffe. Prêts à combattre le mal par le mal.
Et à traquer les Bêtes là où elles se terrent.

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Résumé

Un médecin généraliste est retrouvé massacré dans son cabinet aux Lilas, près de Paris. Son corps a fait l’objet d’un véritable carnage.
Très vite, l’enquête dévoile sa double vie et son intérêt morbide pour la tératologie : l’étude des ces hommes et femmes que l’on qualifie abruptement de « monstres ».
Ceux dont l’existence même fut jadis considérée comme une preuve de celle du diable.
Ceux que le régime nazi a cherché à éradiquer à travers des campagnes d’extermination longtemps tenues secrètes.
Ceux que l’on nomme parfois les « oubliés de Dieu ».
Chargé de l’enquête, le capitaine Gabriel Darui va recevoir un appel d’un homme qu’il s’était juré de ne jamais revoir. Un homme qui connaît ses secrets les plus troubles. Un homme qui, à l’instar du médecin assassiné, a frayé avec ce que l’humanité a de plus sombre. Un homme qui sait que toutes les leçons du passé n’ont pas été retenues et que, comme Darui va le découvrir, l’horreur se conjugue aussi au présent.

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6 réponses »

    • J’avais dans l’idée d’instaurer quelque chose du style depuis plusieurs mois.
      J’espère que les différents auteurs qui interviendront te plairont 🙂

      J'aime

    • Ludovic est très accessible comme auteur d’une, et de deux il a une très belle plume !
      Il veut constamment s’améliorer, fais énormément de recherches et vise haut. C’est un auteur de thrillers à suivre dès maintenant et qui va vite atteindre ce qu’il souhaite 🙂

      J’espère que les différents auteurs que nous mettrons en avant te plairont 😀

      Aimé par 1 personne

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