Cinéma

[CRITIQUE] : Comment je suis devenu super-héros de Douglas Attal (2021)

Comment je suis devenu super-héros est apparu assez rapidement comme l’un des projets français les plus alléchants et attendus de l’année. D’abord évoqué lors du Comic Con Paris en 2015 par Douglas Attal, le projet d’adaptation a continué son bonhomme de chemin jusqu’à la diffusion d’une première bande-annonce en 2019 à ce même Comic Con. D’abord prévu pour une sortie salle par la Warner, la covid s’est invité et a poussé les producteurs à vendre le film pour la plateforme Netflix.
Alors est-ce que Douglas Attal va pouvoir jouer dans la cour des Américains, qui ont le monopole du genre depuis déjà quelques décennies ?

Paris 2020. Dans une société où les surhommes sont banalisés et parfaitement intégrés, une mystérieuse substance procurant des super-pouvoirs à ceux qui n’en ont pas se répand. Face aux incidents qui se multiplient, les lieutenants Moreau et Schaltzmann sont chargés de l’enquête. Avec l’aide de Monté Carlo et Callista, deux anciens justiciers, ils feront tout pour démanteler le trafic. Mais le passé de Moreau ressurgit, et l’enquête se complique… 

Avant de débuter, il faut tout de même rappeler que le super-héros n’est pas l’apanage de l’écurie Marvel ou encore DC. Le genre a fait son apparition en France dès le XIXeme avec l’Amazone Masquée, une véritable héroïne qui sévissait dans les rues de Paris en 1867. Il faudra attendre 1909 et le roman de René d’Anjou pour découvrir l’Oiselle, la première super-héroïne sur papier. Cette sortie donnera ensuite l’impulsion à la création de Nyctalope en 1911, puis à Fantax en 1946.
Alors faut-il encore reprocher à la France de n’être que la créatrice de drame social, de comédie populaire ou encore de polar ? Comment je suis devenu super-héros est une réponse parmi tant d’autres pour essayer de renverser les stéréotypes du grand public à ce sujet.

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Le moins que l’on puisse dire, c’est que Douglas Attal, bien qu’aidé par Gérald Bronner – l’auteur du roman éponyme -, semble en connaître un rayon sur le genre du super-héros et de l’avoir digéré. En effet, le cinéaste – dont c’est le premier long-métrage – rassure en n’offrant pas qu’une simple copie brouillonne des productions américaines actuelles. Comment je suis devenu super-héros n’a pas à rougir en termes d’efficacité technique et d’effets spéciaux, puisque les équipes du film nous donnent un long-métrage qui n’en fait pas trop. Le premier constat, c’est que l’on croit à cet univers et que l’on veut en savoir toujours plus. Il y a de l’ambition derrière la caméra et on en oublie rapidement les quelques lacunes dans l’écriture. 

Douglas Attal réussit à poser son univers en prenant son temps, que ce soit pour installer ses personnages, de mettre en place des enjeux qui parleront de suite aux amateurs du genre, mais aussi en ancrant son univers dans notre quotidien. Certes, la narration n’apporte rien de fondamentalement nouveau dans l’approche du super-héros, mais c’est réussi, car le réalisateur s’applique derrière sa caméra et ne cherche pas à tout prix à être original. Comment je suis devenu super-héros est un parfait mélange des genres, prouvant qu’on sait faire de belles choses en France. On navigue entre le buddy movie, le polar noir dans un univers semi-urbain, le tout enrobé dans une belle couche de fantastique qui fait plaisir à voir.
La réussite de ce long-métrage passe également par la présence à l’écran de Pio Marmaï et Benoît Poelvoorde qui apportent une touche parfaite d’humour, entre mélancolie, détachement et ce petit côté looser qui leur colle à la peau. Le reste du casting n’est pas à jeter avec une Leïla Bekhti qui semble prendre plaisir à jouer les super-héroïne, Vimala Pons qui interprète la collègue de notre héros, ainsi que Swann Arlaud qui interprète un méchant aussi caricatural que proche du cartoon. 

Le mélange des genres passe aussi par ce besoin d’ancrer Comment je suis devenu super-héros avec une touche de drame sociétal qui aurait, je pense, mérité une plus grande attention. Si Douglas Attal évoque la vieillesse de certains super-héros avec le personnage de Monte Carlo atteint de la maladie de Parkinson, il en oublie de creuser plus en profondeur quelques idées évoquées qui me paraissaient importantes. Il ne faut pas oublier que le long-métrage prend place dans notre société contemporaine où l’image du super-héros contamine chaque parcelle depuis quelques années. Il aurait fallu voir au-delà du grand méchant qui cherche à se venger, mais bien d’aller vers ces jeunes désabusés prêt à tout pour quelques minutes d’ivresse super-héroïque, que ce soit pour faire le bien ou le mal… Il aurait été malin de se questionner sur la portée d’une telle drogue, quitte à rendre Comment je suis devenu super-héros plus sombre, plus contestataire.


Si je semble cracher dans la soupe dans ces dernières lignes, je tiens tout de même à mettre en avant le long-métrage de Douglas Attal. Il est certain que nous avons besoin de voir plus de projets de cette envergure en France et sur grand-écran. Je suis convaincu par le fait que plus il y en aura et mieux ce sera pour nous tous. L’audace appelle l’audace et Comment je suis devenu super-héros brille par son humilité, son envie de bien faire et sa générosité. On en veut plus !

Note : 3.5 sur 5.
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