Cinéma

[CRITIQUE] : Enragé de Derrick Borte (2020)

S’il y a bien une chose qui me manque dans le fait de ne plus avoir de cinéma près de chez moi qui propose une carte illimitée, c’est bien d’aller voir un long-métrage à l’aveugle et me prendre une bonne dose d’adrénaline dans la tronche. On ne peut pas dire que Enragé (Unhinged) ait fait beaucoup parler de lui lors de sa sortie dans nos salles obscures entre les deux confinements. Il faut dire aussi que le réalisateur Derrick Borte est assez méconnu en France, puisque la majorité de sa production est inédite chez nous. Ajoutez à cela un Russell Crowe qui n’est plus au sommet de sa carrière et vous obtenez un film qui n’a pas eu le coup de pub suffisant pour être sur le devant de l’affiche.

Pourtant, Enragé est un long-métrage qui mérite le coup d’œil, ne serait-ce que pour son côté road-movie vengeur, à la fois brutal et empruntant quelque peu au slasher dans sa forme. 

Mauvaise journée pour Rachel : en retard pour conduire son fils à l’école, elle se retrouve coincée au feu derrière une voiture qui ne redémarre pas. Perdant patience, elle klaxonne et passe devant. Quelques mètres plus loin, le même pick up s’arrête à son niveau. Son conducteur la somme de s’excuser, mais elle refuse. Furieux, il commence à la suivre… La journée de Rachel se transforme en véritable cauchemar.

Aucun doute à avoir en lisant le pitch, on se dit que Derrick Borte va nous offrir un long-métrage de série B allant à l’essentiel, sans pour autant oublier une certaine dose de brutalité. C’est exactement ce que l’on aura ici, puisque le réalisateur ne va jamais s’écarter de son postulat de départ et celui-ci va même jusqu’à s’enfoncer davantage dans une violence qui ne pourra laisser personne indemne. Enragé joue sur un principe simple, celui de la montée en tension de ses personnages, mais aussi de ses spectateurs, et cela fonctionne à la perfection. L’adrénaline est présente assez rapidement et cette sensation ne partira qu’après une lutte interminable et sans merci face au monstre qu’est Russell Crowe

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Oubliez tout de suite Maximus, Noé ou encore Jor-El, Crowe change de catégorie en interprétant un personnage loin des standards et plus proche de sa nouvelle posture. Ici, il représente un homme sans nom, massif, inexpressif au possible sauf dans sa haine. Il n’y a pas à dire Derrick Borte sait le magnifier, le rendre dangereux, le rendre supérieur. Tout passe par la domination de Russell Crowe, que ce soit en remplissant pleinement le cadre de sa carrure menaçante par des jeux de contre-plongées. L’acteur bouffe littéralement l’écran et donne l’impression de le retrouver dans chaque rétroviseur, dans chaque véhicule. Crowe se transforme en rouleau compresseur, en mâle blanc misogyne qui ne se remet jamais en question, n’endosse aucune responsabilité et qui fait payer toutes ses erreurs à la première personne à lui avoir manqué de respect sur la route. Sur-interprétation de ma part ? Je ne sais pas vraiment et j’ai l’impression que l’arme blanche du meurtrier se transforme en un pick-up, engin de mort pour macho blessé dans sa virilité, à l’image d’un Stuntman Mike dans Death Proof

Enragé pourra vous faire penser à Chute Libre de Joel Schumacher ou encore à Duel de Steven Spielberg, sans pour autant atteindre le même niveau d’interprétation sociale que pour ce premier. Il n’empêche que le long-métrage de Derrick Borte peut se permettre d’entrer dans la cour, grâce au scénario de Carl Ellsworth. En effet, on ne peut pas bouder notre plaisir d’avoir un 1 heure 30 de noirceur totale entre deux personnages qui s’affrontent et qui nous fait dire que nous sommes plus à l’abri, même en voiture, de tomber sur un personnage qui en a gros sur la patate. Que ce soit un homme jouant de sa toxicité ou d’une femme excédée par une accumulation de charge mentale (brillement interprété ici par Caren Pistorius)… Enragé n’est peut-être pas aussi percutant que ses aînés, mais il réussit tout de même à terminer son affaire dans le plus pur symbole de la réussite américaine, à savoir la banlieue, mais je n’en dirais pas plus.

Enragé rappelle aisément les meilleures séries B des années 90 où la violence se voulait brutale, sans concession et le tout dans un rythme infernal. Derrick Borte frappe un grand coup avec ce film et offre l’un des meilleurs rôles de ces dernières années à Russell Crowe. Maintenant, j’en veux encore !

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2 réponses »

  1. J’ai vu ce film et… Bah j’ai bien kiffé !
    Quelle brute Russell dans ce rôle ! C’est à tomber le cul par terre par moment !
    La mise en scène est claire et limpide. L’intrigue ne casse pas trois pattes à un canard, mais dans le fond on s’en doute. En revanche, la tension est présente tout du long et c’est ce qu’on demande ! Super film !

    Aimé par 1 personne

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