Cinéma

Shining de Stanley Kubrick (1980)

Barry Lyndon, 1975. Cette date, c’est le plus gros échec au box-office pour Stanley Kubrick. Désireux de prendre sa revanche, de rivaliser avec certains réalisateurs du Nouvel Hollywood et de créer un film plus commercial, le réalisateur se tourne vers le roman de Stephen King, The Shining. Il faut dire que le genre horrifique a le vent en poupe depuis quelques années, notamment avec le succès de Rosemary’s Baby de Polanski, des Dents de la mer de Steven Spielberg ou encore de L’exorciste de William Friedkin dont Kubrick avait refusé la réalisation…
L’idée pour Stanley Kubrick, c’est de réaliser le film le plus effrayant de tous les temps, tout en brisant les codes du genre. Pari Réussi ? C’est ce que nous allons voir par la suite dans cet article. Aujourd’hui devenu culte, Shining continue de faire grincer quelques dents, notamment celles de Stephen King, ainsi que certains fans de l’auteur. Vous le savez sans doute, mais Kubrick s’est tellement approprié le roman du maître que celui-ci semble complètement épuré pour n’en ressortir que les propres obsessions du réalisateur.

Écrivain, Jack Torrance est engagé comme gardien, pendant tout l’hiver, d’un grand hôtel isolé du Colorado – l’Overlook – où il espère surmonter enfin sa panne d’inspiration. Il s’y installe avec sa femme Wendy et son fils Danny, doté d’un don de médium.

Shining : avis et analyse

Shining de Stanley Kubrick s’ouvre sur une des introductions les plus inoubliables de l’Histoire du cinéma. En quelques plans, le réalisateur pose les bases de ce que sera son film, sa vision de l’histoire et surtout ses moyens pour mettre en route le mécanisme de la peur chez le spectateur. Tout commence par la caméra qui file droit sur un lac possédant un îlot isolé et contournant celle-ci au tout dernier moment. Un plan, une idée, puisque cet îlot peut être perçu comme la représentation de l’isolement et de la solitude que vont subir nos protagonistes par la suite. La caméra poursuit son périple pour se raccrocher à une route et plus particulièrement à une voiture jaune qui semble bien insignifiante dans ce décor incroyable. Le travelling orchestré par Stanley Kubrick en hélicoptère permet ainsi de nous faire prendre conscience de l’immensité qui se joue dans cette partie du monde et donc d’appuyer l’idée d’un isolement progressif des personnages, mais surtout le long cheminement vers une folie incontrôlable et sans issue. Impossible de vraiment connaître l’identité de ces personnes, puisque la caméra décide ne jamais nous les montrer, même si celle-ci se rapproche dangereusement de la voiture. Enfin, le nom du long-métrage apparaît lorsque la pointe enneigée d’une montagne est visible au loin. Shining semble donner un but à ce périple et nous ne sommes pas encore au bout de nos surprises. L’hôtel Overlook apparaît, isolé de tout, bien qu’il reste encore quelques clients sur le départ…
Cette longue introduction ne serait rien sans le score musical, puisque celui-ci joue un rôle très important dans la mise en oeuvre du mécanisme de l’angoisse. Bercé par la mélodie pesante de la Symphonie fantastique de Berlioz, la tension s’installe et préfigure une suite lugubre et lourde de conséquence. Alternance de sons graves et aigus qui finiront par se faire écho, ainsi que l’arrivée de cris qui mettent mal à l’aise, finiront par sceller l’ambiance oppressante qui va se jouer dans ce huis-clos psychologique.

Horreur ou simple thriller psychologique ? C’est une des questions qui me revient le plus souvent en tête. Je me souviens encore de mon premier visionnage, bien avant de découvrir les écrits de King et j’ai ce souvenir diffus d’une oeuvre qui ne m’avait pas touché tant que ça et dont je n’avais pas compris l’aura culte qu’il pouvait y avoir autour de ce long-métrage. C’est au fil de mes pérégrinations dans le genre que j’ai pu constater à quel point Stanley Kubrick joue avec les codes horrifiques pour s’en amuser, pour les briser, voire pour les ridiculiser… Loin de la surenchère de certains long-métrage, Shining est une oeuvre atmosphérique qui joue avec son message pour rendre le film bien moins facile à saisir. Véritable introspection de la folie, dont le spectateur devient témoin de la dégradation mentale du personnage de Jack, bien que celui-ci semble déjà schizophrène dès les premières minutes, le long-métrage explore les failles de l’Homme pour en faire un film d’horreur profond et terrifiant. L’Homme n’est plus à la merci d’un hôtel hanté qui le pousse dans la folie, mais bien victime de lui-même, de son égoïsme et de sa cupidité. L’Overlook Hotel devient l’incarnation même de l’inconscient du personnage de Jack. Lieu où celui-ci peut laisser libre court à ses fantasmes, ses désirs refoulés. Le personnage se transforme petit à petit en un minotaure qui contrôle le labyrinthe, lieu qui permettait à sa femme et à son fils d’être encore en sécurité. Danny devient, non pas le déclencheur de la force de l’hôtel, mais bien le témoin de la folie de son père. Ses déambulations dans les longs couloirs de l’hôtel ne sont que l’exploration du cerveau tourmenté de son père.

Véritable symphonie de Wagner, Shining alterne entre des montées en puissance, pour terminer sur des explosions, et le tout en plein jour. Stanley Kubrick marque la rétine par un environnement froid, laid et à la lumière naturelle et artificielle plate. Si le long-métrage fascine autant, c’est par la maestria du réalisateur à nous faire entrer dans une sensation de fascination hypnotisante, comme lorsque nous suivons Danny, grâce à la magie de la steadicam, dans les couloirs de l’Overlook pour ensuite nous traumatiser avec une apparition soudaine au bout d’un couloir. Le plan fixe est là pour nous bloquer la respiration, alors que Stanley Kubrick use d’un cadre assez large nous permettant de tout voir. Les jumelles terrorisent par leur simple présence, mais ce sont également les multitudes de portes autour de nous qui accentuent cette sensation désagréable… Bref, Shining terrorise aussi bien par ses fulgurances de styles, par ses moments chocs (le panoramique de caméra pour appuyer la violence des coups de hache), mais aussi par la déchéance d’un esprit qui sombre dans une folie inarrêtable.


Voici pourquoi Shining reste une oeuvre culte, tantôt acclamé, tantôt décrié. Celle-ci n’offre pas ce que le lecteur de King aurait voulu avoir, mais force est de constater que la proposition de Stephen King en téléfilm devient malheureusement ronflante et oubliable. Stanley Kubrick s’approprie pleinement l’oeuvre du maître pour l’inclure dans sa filmographie et dans les thématiques qui l’animent. Shining est le genre de long-métrage qui vous attrape, vous enfonce dans les couloirs labyrinthiques de l’Overlook Hotel pour que vous ne puissiez ne plus jamais en ressortir. On ne peut alors que regretter que Kubrick n’ait pas réitérer dans le genre horrifique par la suite. 

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12 réponses »

  1. Très bon texte.
    Je te rejoins sur tous les points, sur l’aspect fascinant de ce film-cerveau. Le labyrinthe en est l’expression, dédale d’un esprit dérangé qui réveille les esprits anciens jusqu’ici remisés dans les chambres obscures. Kubrick conçoit par l’image un véritable cauchemar éveillé, aux images cryptiques, hallucinées, bourrées de clins d’œil au genre c’est vrai, mais leur donnant une dimension encore inédite. Un grand film.

    Aimé par 1 personne

  2. (Je plussoie le commentaire de Mélie pour Barry Lyndon ! )

    Pour Shining, je pense malgré tout que Jack Nicholson y est pour beaucoup dans le succès de ce film. Le bon réa a rencontré le bon premier rôle, et ça nous a fait une bonne tambouille. =)

    Aimé par 2 personnes

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